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SACCAGE / LA VILLE FOND / SPEEDBOAT


Je m'inquiète de voir sur Youtube les discours sexistes, racistes et pro-armes se développer et se répandre auprès d'un public toujours plus nombreux (et jeune), promeut par des animateurs qui se révèlent finalement être de la pire des races. C'est un média qui se développe vite, et qui était encore relativement inoffensif jusqu'à il y a trois ou quatre ans, car surtout occupé à développer financièrement sa stabilité. Aujourd'hui, untel, qui publie du contenu autour de la bande-dessinée et la permaculture, défend l'utilisation des armes à feu parce que la police n'arrivera jamais à temps. Telle équipe esportive dont les membres revendiquent être des "mâles alpha", et qui harcèlent massivement des femmes en ligne, sans aucune notion de leur audience. L'article de Numerama publié dernièrement est éclairant à ce sujet. On parle de millions de personnes touchées par ce discours. Là où les médias traditionnels minimisent la portée des youtubeurs, je crois au contraire qu'il y a une prise de conscience forte à avoir, car aucun contre-pouvoir équivalent n'existe sur cette plateforme. Il n'y pas de contre-pouvoir du tout sur Youtube. De l'animation, on touche désormais aux orientiations politiques et sociales, particulièrement inquiétantes.

Je ne sais pas pourquoi j'écris ça. Je me disais simplement : ça se répand, et ça m'inquiète.


avec mon boys band
on sortirait des clips
à 400 millions de vues
sur youtube
qui proneraient
la tolérance
et la confiance en soi
on deviendrait
millionaires
tout en restant
humbles
et je pourrais vivre
à seoul
dans 15m2
avec mon ordinateur
30 cartons
de ramens
et une panoplie
de costumes
gucci
je serais bien tranquille
et sans doute
dépressif


si quelqu'un
était responsable
de mon image
de marque
j'aurais des chemises
à imprimé dragon
des blazers fuschias
et des cheveux
bleus

je vivrais comme dans
une cinématique
de final fantasy X


J'écris en ce moment un livre intitulé FUTUR MAITRE DE LA LIGUE POKEMON.

Le site de Théo Robine-Langlois.

« Quand je me suis mis à la poésie,
je l'envisageais comme un art.

Plus tard dans ma vie,
j'ai commencé à rejeter
cette idée.

Et aujourd'hui,
ça m'est égal. » – Guy Bennett, Poèmes évidents (trad. F. Forte).


Je lance une nouvelle partie pour me construire une maison en bois près d'un cours d'eau. Le soir quand la nuit tombe je n'entends plus un bruit. Les arbres ne bougent pas, il n'y a aucun oiseau. Je me dis que le mouvement, c'est la mort.

Sur la route 106, je rencontre un ornithologue. Il me demande d'où je viens puis me provoque en duel. Après l'avoir vaincu, il me dit que ma vie ne l'intéresse pas et me donne 100 pokédollars.

Je pêche et fais du vélo dans des villes où je ne connais personne.

Certaines routes sont bloquées par des gardes-frontières. Je dois affronter tout le monde. Chaque lieu où j'arrive est autant d'adversaires à dominer.

Je n'ai pas d'amis, et pas revu ma mère depuis si longtemps. Je n'ai pas de maison. Je ne dors pas la nuit.

Je me pose énormément de questions. Rien ne m'a jamais paru évident. Je cherche la façon de dire quoi dire. C'est épuisant de toujours tout recommencer à zéro. Tout me semble facile et sans relief. Chaque mot vaut l'autre et chaque phrase répète la même idée. S'il y a de la beauté, elle ne paraît pas. S'il y a du sens, il ne s'impose pas. Tous les univers se fondent dans une même logique uniforme. Je voyage entre plusieurs couches qui toutes, désormais, se rassemblent. La littérature est chose morte.


Le problème c'est qu'on peut tout écrire, et n'importe comment. On peut tout écrire comme ça, la même histoire, cent soixante trois fois différentes. Comment choisir la bonne, ou plutôt, comment en choisir une.

un des garçons du forum m'a contacté par message privé pour me dire qu'il avait des preuves de la mort d'arthur. on lui avait proposé de participer au rituel sacrificiel dont il a été victime. beaucoup de garçons se réunissent comment ça et célèbrent les morts d'autres garçons choisis au hasard.

on tourne un clip pour le premier single de notre groupe DREAMORAMA. le réalisateur fait des gros plans de moi en train de jouer de la guitare et de pete à la batterie. pete est obligé de répéter plusieurs fois les mêmes mouvements pour avoir tous les plans nécessaires. je regarde pete jouer et le réalisateur le filmer. j'ai arrêté de jouer de la guitare. les techniciens ne disent rien parce que le réalisateur a l'air plus concentré que jamais sur le jeu de pete qui concentre toute l'attention. je ne l'ai jamais vu comme ça. on dirait qu'il est dans une autre dimension, qu'il vient de nulle part. il joue avec des baguettes en métal qui défoncent le tissu de ses caisses. le réalisateur est à 5 cm de ses mains. sur un très grand écran derrière les techniciens je vois les mains en sang de pete et les baguettes de métal qui lui rentrent dans les paumes. on dirait les prolongements de ses os comme s'il était devenu une espèce de machine. je ne sais pas si le clip sera très bon ni combien il fera de vues sur youtube. notre manager nous a dit qu'on avait une date dans trois mois au japon. apparemment là-bas ils sont fans de notre musique et notre single se vend à des millions d'exemplaires. ils appellent pete THE MACHINE. les japonais ont toujours eu un truc pour les robots. on va devenir des stars.


j'ai découvert un nouveau passage au niveau 3 de banjo-kazooie. je l'ai trouvé en longeant les murs, après m'être longtemps cogné. sur internet personne n'en parle. peut-être que je suis le premier à l'avoir trouvé. sur les forums les autres joueurs disent qu'il y a un passage dans le jeu pour sortir du jeu, passer du niveau 3 à un autre endroit qu'ils ne savent pas expliquer. je pense qu'ils parlent de ce passage. j'ai demandé aux garçons du skatepark s'ils en avaient entendu parler mais ils ne jouent pas à banjo-kazooie. ils jouent à resident evil. ce n'est pas le même type d'univers.

hier soir sur le forum quelqu'un s'est fait passer pour arthur. il a écrit un très long témoignage dans lequel il explique comment les inconnus se sont organisés autour de l'école pour les enlever et les torturer dans des caves loin des regards. il a donné les noms des prochains élèves qui seront enlevés si personne ne fait rien. il y avait mon nom dans la liste, et d'autres noms barrés, comme pour annuler la malédiction. rien n'arrête les inconnus. même dans sa grotte à soi on est à eux. il y avait des vidéos par anticipation des prochaines victimes moi compris. c'est étrange de se voir enlevé dans la vidéo, et mort ensuite, c'est-à-dire hors-champ. en dehors du cadre l'absence est éternelle. je pense à steve qui ne donne plus signe de vie et qui doit pourtant filmer toutes ces nouvelles vidéos de moi et des autres. je ne sais pas à quoi il joue. peut-être qu'arthur, steve et les inconnus ne sont qu'une seule et même personne. celui qui se fait passer pour arthur a écrit un autre post sur le forum. il dit aux menteurs de se dévoiler et de donner leur identité. il y a des garçons qui donnent leur vrai nom.

« Il y aura des geysers, il y aura des plans-séquences. On tournera ici, on aura des fonds verts et des monstres en 3D. Ce sera grand, tellement plus grand que nous. » – Guillaume Vissac, Accident de personne.

« I rode the train to the beach and spent twenty hours looking at waves.

I would imagine I have butchered 30. Imagined a papermissile in the void. » – Mike Kleine, Lonely Men Club.


j'ai pris l'habitude de revenir voir les garçons du skatepark la nuit. ils écoutent toujours les mêmes albums en boucle. parfois il y a des phares au loin qui les éclairent un peu et les gênent. il y en a toujours un qui met sa manche devant son visage, comme pour éviter qu'on le reconnaisse. il m'a dit que c'était un inconnu, mais je ne le crois pas. les inconnus ne se déplacent pas en voiture, et pas en dehors des hautes herbes. sous la rampe ils jettent leurs cadavres de bières et les emballages des pétards qu'ils craquent. ils m'ont dit que kurt cobain s'était suicidé en s'enfonçant une lame dans la gorge, mais je ne les ai pas crus. je ne sais pas si je veux faire partie de leur bande, ni pourquoi je reviens les voir. je ne les ai jamais vus à l'école. ils viennent peut-être d'une ville voisine. l'un d'entre eux a sorti son téléphone et se met à filmer son ami qui fait quelques figures. je vois sur son écran qu'il filme en gros plan le visage et surtout la sueur qui semble se former sur le haut de la lèvre et sur le front. il suit de très près la peau qui brille blanc. je crois qu'il sait que je le surveille et qu'il veut me montrer ça, indirectement. il ne s'intéresse pas du tout aux figures de skate. le dernier des trois est resté assis et regarde le noir autour de nous. à un moment il s'allonge sur le dos comme pour regarder les étoiles mais le ciel est plein de nuages et je pense qu'il ne voit rien. il me demande si j'ai déjà vu la lune le jour, qu'elle forme comme une nouvelle planète et transforme la terre en autre planète également. ensuite quand il se redresse il est comme dans une réalité parallèle, où ses amis ont les mêmes visages mais n'ont pas les mêmes noms. il me dit qu'à chaque fois, chaque soir, c'est comme une nouvelle vie pour lui. il me dit de me méfier des vidéos et de ceux qui les filment. si on filme trop longtemps les autres, on se perd dans l'oeil qui veille. j'apprends ensuite qu'il était ami avec arthur, qu'il venait parfois avec eux au skatepark. il y restait toujours beaucoup plus longtemps que les autres, tout seul. ils pensent qu'il voyait quelqu'un, pas de façon amoureuse, mais simplement pour la rencontre. d'autres personnes viennent plus tard dans la nuit, qu'il vaut mieux ne pas rencontrer.

j'ai reçu un autre message de steve, sans texte cette fois, seulement avec une nouvelle vidéo d'arthur. il est attaché dans une cave et il saigne au niveau du torse, des épaules et des chevilles. on ne voit pas son visage qui fixe le sol. il est à moitié nu mais les ombres lui font des vêtements. j'ai l'impression d'avoir déjà vu cette vidéo, qu'un inconnu me l'a montrée dans ma grotte il y a plusieurs semaines. je ne sais pas si arthur est toujours vivant ou si c'est une archive de ses derniers instants. le message de steve est daté d'hier mais pour la vidéo, je ne sais pas. je sais où est la cave. je sais qui la possède. si steve m'a envoyé ce message, ce n'est pas par hasard. j'ai montré la vidéo aux garçons du skatepark, mais ils n'ont pas voulu la regarder jusqu'au bout. ils préfèrent ne pas savoir ce qui est arrivé à arthur, pour ne pas que ça leur arrive à eux aussi. ils me mettent en garde car steve a mauvaise réputation, et il pourrait être complice. ils pensent que steve n'a pas disparu mais plutôt qu'il filme toutes ces vidéos pour son plaisir, comme pour envoyer un avertissement. sur mon ordinateur j'ai de plus en plus de vidéos filmées par steve. j'ai rangé le premier dossier de ses vidéos sur un disque dur externe et je l'ai renommé STEVE VEILLE. j'ai peur qu'on me le vole et je ne dirai pas où je l'ai caché. quand je suis à table avec mes parents je pense à ce disque dur et je n'entends pas ce qu'ils me disent. je vois le disque dur dans ma tête et je me répète STEVE VEILLE encore et encore jusqu'à ce que je reprenne conscience, allongé dans un lit qui n'est pas le mien, dans une maison que j'ai parfois vue à la télévision.

j'ai aperçu mon père en train de discuter avec un autre homme que je ne connaissais pas. ils se sont échangé plusieurs bouts de papier. l'autre homme regardait souvent autour de lui, comme s'il avait peur qu'on le surprenne. il était agité et faisait de grands gestes. j'ai filmé la rencontre avec mon téléphone, et je me la repasse parfois au ralenti. je reçois un nouveau message de steve avec une vidéo. on m'y voit en train de filmer mon père et l'autre homme. j'ai un visage satisfait qui trahit le plaisir que j'ai pris à les espionner. je remarque que mon père est en copie du message de steve et qu'il doit être en train de regarder la vidéo de son côté en même temps que moi. deux minutes plus tard, mon père envoie un message à steve en le remerciant pour la vidéo. il est content de savoir qu'arthur est en vie, il pourra prévenir ses parents, qui sont aussi ses amis. le soleil frappe très fort à travers la vitre et je ne vois plus l'écran de mon ordinateur. j'ai chaud et enlève mon sweat. mon père est dehors en train de tondre la pelouse. je ne sais pas qui a répondu à steve avec l'adresse de mon père. quand le soleil arrête de taper sur l'écran, je m'aperçois que c'est moi.

« Inspecteur P quitte son poste d'observation son arme à la main, il tombe nez à nez avec le costard blanc et son acolyte chauve armé d'Uzis, s'ensuit une fusillade en mode GTA. » – Théo Robine-Langlois, [...].


deux jours plus tard, j'ai reçu un message de steve sur mon ordinateur. il me disait qu'il ne pouvait pas me parler. je suis soulagé qu'il soit en vie. il m'a dit qu'il avait retrouvé arthur, mais qu'il était dans un sale état. il m'a demandé si j'avais retrouvé la cassette. si je ne la retrouve pas, quelqu'un d'autre la retrouvera. il m'a dit de me méfier de tout le monde à l'école, et de ne plus traîner devant le portail après les cours. avec son message il y avait une vidéo de moi en train d'attendre devant le portail, filmée de très loin, derrière des arbres de l'autre côté de la rue. le lendemain j'ai essayé de retrouver l'endroit d'où on m'avait filmé, et je filmais les autres élèves qui restaient devant le portail à parler. le soir, quand j'ai regardé la vidéo, j'ai remarqué que tous les élèves filmés me fixaient avec un regard de meutrier. j'ai supprimé la vidéo mais parfois j'y pense dans mon sommeil et je me réveille en sursaut. je marche dans la maison pour retrouver mon calme et j'ai l'impression qu'il n'y a personne dans la chambre de mes parents. je reste assis dans la cuisine. une fois j'ai senti qu'on m'appelait à l'extérieur. je suis sorti dans la rue la nuit il n'y avait aucune voiture. j'habite un lotissement à l'écart de la ville où seuls les gens dorment. je devais rejoindre quelqu'un mais je ne savais pas qui. j'ai marché jusqu'au skatepark. trois garçons étaient assis en haut d'une rampe. au début ils ne m'ont pas parlé. je pense qu'ils ne m'avaient pas vu. je ne comprenais pas bien ce qu'ils faisaient, s'ils lisaient un magazine ou autre chose du genre. je me suis approché et j'ai vu qu'ils regardaient une vidéo sur leur téléphone. c'était la vidéo que j'avais filmée devant le portail de l'école. ils m'ont dit qu'ils savaient que je les espionnais après les cours. tout était noir autour du skatepark et un seul lampadaire éclairait la rampe. ils écoutaient le premier album de placebo.

« VLADILEN : J'ai peur des nuits où je rêve que je ne dors pas et toute la nuit la durée du rêve est la durée de la nuit où je ne dors pas et c'est interminable. » – Stéphane Bouquet, Vie commune.


depuis plusieurs jours steve ne répond plus quand je l'appelle. j'ai peur qu'il ait disparu dans sa grotte ou qu'il se soit fait enlever par un inconnu. à la télé ils parlent beaucoup de jeunes de notre âge qui disparaissent dans des voitures ou sur les bords des routes, dans des forêts ou dans les villes. peut-être qu'arthur s'est fait enlever lui aussi. sur des vidéos on voit des lieux où avant il y avait des jeunes et maintenant il n'y a plus rien. dans des skate parc ou des cinémas. j'ai vu une fille de laquelle j'étais amoureux me dire qu'un ami à elle avait disparu et que depuis elle le pleurait tous les soirs. elle relit les conversations qu'ils avaient sur leur ordinateur et elle pleure, c'est ce qu'elle m'a dit. elle a cru le voir un soir en rentrant de l'école, à l'intérieur d'une voiture, mais ce n'était pas lui. peut-être que dans deux ou trois jours les parents de steve alerteront la police mais il sera déjà trop tard parce que la police ne peut rien contre les inconnus. elle leur court après mais ils sont dans les hautes herbes et on ne retrouve rien ni personne dans les hautes herbes. il y a quelques temps steve m'a envoyé une vidéo dans laquelle on le voit en train de suivre arthur dans la rue. steve filme arthur avec son téléphone. il sait peut-être où il a disparu. vers la fin de la vidéo, arthur discute avec un inconnu et steve les filme caché derrière un mur. l'inconnu a compris que steve les filmait lui et arthur mais il discute comme si de rien n'était. arthur a l'air stressé parce qu'il se ronge les ongles et qu'il passe d'une jambe à l'autre comme s'il voulait aller aux toilettes. l'inconnu lui tend une cassette et arthur la range aussitôt dans sa poche. steve n'est plus derrière le mur. je ne sais pas ce que steve veut que je voie. peut-être retrouver la cassette. je ne sais pas où arthur l'a cachée. je pense qu'arthur est mort.


steve m'a montré des vidéos sur son ordinateur. c'est des vidéos de chez lui la nuit dans la chambre de ses parents ou dans la cuisine. il m'a dit qu'il avait trouvé des caméras qui étaient déjà dans les murs de sa maison et qu'il les avait branchées sur son ordinateur. les caméras enregistrent tout. il y a d'autres vidéos où on voit steve en train de fixer la caméra dans sa chambre, mais celles-là il ne me les a pas montrées. à un moment dans la chambre de ses parents une grotte s'ouvre dans le placard où ils rangent leurs vêtements. il y a un inconnu qui en sort et qui s'allonge à côté d'eux. steve avait l'air vraiment excité de voir l'homme s'allonger entre ses parents comme si c'était un troisième parent. derrière il y avait la grotte et son entrée noire comme la nuit ou comme une bouche. ensuite je ne sais pas pourquoi la vidéo s'arrête et steve me dit qu'il n'a pas le droit de me montrer la suite. steve aime bien se vanter de ce que je ne vois pas. en cours les professeurs ne lui demandent jamais rien. un jour arthur a vu qu'il dessinait des visages sur ses feuilles. après, arthur n'est plus jamais revenu à l'école et on nous a dit qu'il avait déménagé. moi je pense qu'il a eu peur des visages dessinés par steve et qu'il en faisait des cauchemars. même s'il a déménagé, il doit voir les visages dans son sommeil et je pense qu'il mourra bientôt. dans une autre vidéo, on voit steve prendre du jus d'orange dans le frigo et le boire au goulot d'une traite. après il jette la bouteille en plastique sur le sol et il quitte la pièce. sa mère arrive dix secondes plus tard et ramasse la bouteille pour la jeter à la poubelle. steve m'a montré plusieurs fois cette séquence mais je n'ai pas bien compris ce que je devais y voir. au bout de la septième fois, il m'a dit de regarder l'heure en haut à droite de l'écran, et là j'ai remarqué qu'entre le moment où il jetait la bouteille sur le sol et celui où sa mère la mettait à la poubelle, il se passait cinq mois.

à la télé ils ont dit que la police avait retrouvé le tueur de l'homme devant l'école. ils ont montré sa photo à l'écran mais son visage ne me disait rien. il est toujours en cavale. je pense qu'il s'est caché dans sa grotte à lui ou dans les herbes hautes et qu'on ne le retrouvera jamais. le lendemain steve m'a dit que la télé mentait et il m'a montré le vrai visage du tueur. il m'a dit qu'il connaissait son vrai visage depuis longtemps parce qu'il le hantait dans son sommeil. il m'a montré d'autres vidéos dans la ville où on voit le tueur marcher autour du plan d'eau ou faire le plein de sa voiture ou attendre sur le parking du supermarché. steve m'a dit aussi qu'il avait découvert un passage dans la cave taupiqueur qui relie argenta à carmin-sur-mer, mais qu'il ne peut pas me dire où il mène. selon lui le tueur connaît aussi ce passage et c'est par là qu'il s'enfuit pour échapper à la police. dès qu'il a tué l'homme devant l'école il a pris ce passage et depuis plus personne ne peut le retrouver. steve me dit qu'il le rencontre parfois dans la cave, mais qu'il ne le dénoncera jamais.


steve a plusieurs CD avec des grottes enregistrées qu'il a rangés dans sa chambre. il m'a dit que parfois il croisait des inconnus qu'il ne devrait pas croiser, dans les grottes ou dans les hautes herbes. il m'a dit que c'était comme dans pokémon quand les dresseurs veulent te combattre, sauf qu'ils essaient de te tuer. je crois que steve va beaucoup plus que loin que moi dans son exploration des grottes et de l'univers qui les entoure. c'est parce que ses parents le laissent libre. je pense que steve est seul et que les grottes sont comme un refuge pour lui. un jour il disparaîtra et je saurai qu'il est dans une grotte pour toujours. steve sait ce qu'il cherche. on ne peut pas en même temps appartenir à la grotte et continuer sa vie. il a déjà essayé d'avoir plusieurs grottes en même temps mais d'autres inconnus lui ont dit que c'était interdit alors il a condamné les grottes avec des éboulements. les inconnus étaient vraiment en colère contre steve et il m'a dit qu'il ne pouvait plus dormir. ils lui laissaient des messages sur son ordinateur avec des têtes de mort et des pendus. ensuite les choses se sont calmées mais steve m'a dit qu'il ne dormait toujours pas la nuit. tous les jours en classe je le vois qui essaie de dormir sur sa table. il est pris de convulsions qui montrent qu'il se bat contre des inconnus dans son sommeil. quand il se réveille on dirait que ses yeux ont été creusés hors de son crâne. parfois je l'appelle par son nom et c'est quelqu'un d'autre qui me répond. j'ai peur que steve soit perdu depuis longtemps dans une grotte condamnée par un éboulement. parfois je me dis pauvre steve, où t'es-tu perdu. ensuite il m'invite à jouer chez lui et j'oublie qu'il a disparu.


plus tard je mettrai ma grotte sur ordinateur et il faudra un mot de passe pour y entrer. sans mot de passe c'est comme si les grottes étaient des rues et tout le monde peut y faire n'importe quoi. dans les rues il y a beaucoup de vent et des gens qui vous regardent comme si vous étiez un monstre. il y en a qui piratent les grottes des autres parce qu'ils n'ont pas de maison à eux. mon mot de passe aura quatorze lettres et onze chiffres. mon ami qui a un ordinateur ne vient plus à l'école parce que sa vie dans la grotte lui suffit. ses parents ne lui disent rien. quand je viens chez lui sa mère nous apporte le goûter et ensuite je ne la revois plus. son père est absent. il m'a dit qu'il avait essayé de créer son père dans l'ordinateur mais qu'il avait créé un inconnu qui essayait de l'étrangler. il m'a dit que les pères dans l'ordinateur étaient des monstres, et qu'il ne fallait surtout pas les laisser s'échapper. dans un livre de poésie il a lu que les monstres étaient des illusions avec une aura. parfois dans ma grotte je sens l'aura des monstres qui sont des illusions. mon mot de passe serait m417r3d351llus10n5. en piratant les grottes des autres on risque la mort comme l'homme qui a été tué de deux balles dans la tête. c'est une sorte de châtiment. dans le désert les sables mouvants punissent les imposteurs. c'est pour ça qu'ils sont aussi vides. moi je n'ai rien à cacher. par les ordinateurs on peut écrire des choses qui ne doivent pas être dites. comme dans les grottes on peut faire passer des messages en souterrain. sur les écrans les images sont comme des mots. on peut tuer à travers les ondes propagées par les ordinateurs. c'est comme ça que l'homme est mort tué de deux balles dans la tête. les balles étaient des métaphores des ondes invisibles et elles ont explosé son cerveau. il n'y a pas d'ondes dans les grottes. il y a des ondes dans les rues. les rues ne sont que des ondes qui tuent. mon ami avec un ordinateur s'appelle steve. moi, je n'ai pas de nom.

« On réclame des fictions qui nous guérissent du vertige du non-sens en articulant le réel dans une aimable cohérence (la cohérence temporelle de la narration, par exemple : linéarité banale des romans sans âge ou délicieux dédale « moderniste » mixant les époques avant de les réajuster au coup de sifflet de l'échéance finale). » – Christian Prigent, Une erreur de la nature.


aujourd'hui on est rentré plus tôt de l'école. à la télévision il y a un homme qui est mort de deux balles dans la tête. l'école n'était plus en sécurité. je suis rentré chez moi et sur le chemin je n'ai croisé aucune voiture. j'ai regardé pokémon et je me suis endormi. dans mon rêve je découvrais une grotte et je marchais dedans. sur les parois la roche était friable et j'ai eu peur de mourir enseveli. il y avait un bruit très fort qui m'attirait vers le fond de la grotte mais j'avais peur de découvrir ce que c'était. dans mes rêves les grottes ne sont pas exactement comme dans la réalité. il n'y a pas de grotte à côté de chez moi. parfois quand je suis dans la grotte j'ai l'impression qu'elle peut disparaître. quand je tape les parois j'ai mal au réveil. si la grotte disparaît je peux mourir. dans pokémon, il y a des pokémons qui partent et que personne ne revoit jamais. il y a des pokémons stockés dans des ordinateurs qui parfois restent là pour toujours. mon père ne veut plus que je retourne dans la grotte. ma mère n'a pas d'avis sur la question mais parfois quand elle dort je la regarde et sous ses paupières fermées je reconnais la grotte qui est notre refuge à tous. mon père pense que la grotte est une malédiction qui pèse sur notre famille. moi je ne pense pas, je pense que c'est un don. dans banjo-kazooie, on peut mourir à cause du désert et des sables mouvants. dans la réalité aussi. j'ai un sac à dos que j'emporte toujours avec moi. il y a des choses dedans que personne ne soupçonne. si on va assez profondément dans la grotte on peut deviner ce qu'il y a dans mon sac. ma maison est rouge comme si le soleil s'était écrasé dessus. l'homme qui a été tué je l'ai croisé plusieurs fois dans la grotte avant sa mort. il ne me parlait pas et n'avait pas de visage mais je l'ai reconnu. dans la grotte il y a beaucoup de personnes différentes qui viennent pour des raisons qui ne me regardent pas. parfois je leur donne mon goûter si elles sont affamées et elles me remercient. je n'ai pas envie de leur faire de la peine. je n'ai jamais croisé ma mère dans la grotte parce que je crois qu'elle ne marche pas dans la même grotte, qu'elle a une grotte à elle que je ne pourrai jamais visiter. mon père non plus ne pourra jamais la visiter. dans pokémon, on ne voit rien à l'intérieur des grottes, parce qu'il n'y a pas de lumière, et pas de fenêtres. une maison c'est une grotte avec des fenêtres et des cartons au sous-sol. après la grotte il y aurait un donjon, mais je ne l'ai pas encore découvert. un ami à moi a découvert un jeu dans lequel il peut modifier l'intérieur d'une grotte et il y joue chaque soir sur son ordinateur. il ne m'a jamais laissé y jouer parce qu'il dit que chaque partie est personnelle. si j'avais un ordinateur je pourrais jouer moi aussi. dans les ordinateurs il y a des milliards de grottes personnelles que personne ne verra jamais et qu'on peut modifier. autour de ma grotte il y a des herbes hautes mais je n'ai jamais eu le courage de m'y aventurer. parfois d'autres personnes en sortent et elles ont l'air épuisé et terrifié. la grotte n'est pas une métaphore, c'est une vraie grotte. quand je dis que ma maison est rouge, ce n'est pas une métaphore non plus. si j'étais assez riche et intelligent je construirais ma propre grotte sur ordinateur et il n'y aurait pas d'herbes hautes autour, seulement des déserts. mon ordinateur deviendrait ma réalité et je n'aurais plus jamais de soucis.


J'ai finalement pris la décision de ne pas publier Rivage au rapport ; le texte ne me semble ni bon ni abouti (état actuel). J'ai beaucoup écrit ces derniers mois, Jimmy Arrow, La Ferme des mastodontes, SPEEDBOAT, et sans doute que mes objectifs ont changé entre-temps, lentement, sans que je m'en rende compte. Je me sens moins dans l'urgence également, et la publication semble moins nécessaire. Il y a encore du travail à fournir, des livres à lire. On finit toujours pas dire ce qu'on a à dire ; parfois c'est outre-tombe. Mon emploi me prend du temps, même s'il apporte son lot de réjouissances. Bref, il y a moins de raisons d'écrire.


Une voisine dit avoir aperçu un homme sans visage et sans nom discuter avec la première victime sept heures avant sa mort. La caméra à l'extérieur du centre commercial montre la voisine discuter avec cet homme une semaine plus tôt. Copperfield note complices.

Anomalie n°1 : les vêtements des deux victimes étaient intervertis. Anomalie n°2 : aucune famille n'a signalé la disparition de sa fille le 9 janvier. Anomalie n°3 : là où ont été filmés l'homme sans visage et la voisine, il n'y a pas de caméra.

Plusieurs projections de ketchup retrouvées sur l'abdomen de la première victime. Son père dit : elle ne mangeait jamais de ketchup. Dans le salon, la mère feuillette un magazine de prêt-à-porter et découpe aux ciseaux les têtes des mannequins.

Devant la maison, Rivage s'adosse contre la voiture. Copperfield dit : ils ont quelque chose à cacher. Le père devient suspect numéro un. Le visage de la mère plaqué contre la vitre du salon. Elle dit quelque chose, mais Rivage n'entend rien.

Deux hommes marchent lentement du même pas dans les couloirs du collège. Une berline se gare devant le portail d'entrée, qui fait des appels de phare.

Les champs la nuit ; une lumière blanche tombe sur les cultures. La nationale, trois véhicules par heure. Dans un coffre, un corps.

9 JANVIER 2014

Le corps de la fillette est projeté contre le sol ; son crâne heurte une souche mais elle reste consciente. Il y a des mots qui ne sortent plus. Après, elle est seule et consciente pendant 26 heures. Parfois son corps meurtri apparaît dans la lumière, mais personne ne la voit. Ensuite, plus personne ne peut la voir.

Trois jours plus tard, le médecin légiste dira : mort par déshydratation.

Onze jours plus tard, elle ne sera toujours pas identifiée.

14 JANVIER 2014

Rivage refait seul le trajet.


12 JANVIER 2014

Une nationale déserte en début de soirée. Arrière-plan : champs et pylônes, vague orange dans le ciel.

Dans la voiture qui arrive de face, Rivage et Copperfield. À la radio, Love is the Devil. Copperfield note trois phrases dans son carnet et Rivage regarde par la vitre conducteur.

Tous les deux accroupis auprès du cadavre. Rivage touche la terre encore meuble ; Copperfield note terre encore meuble. Derrière, la voiture stationnée sur un remblais.

Le corps : onze ou douze ans, torturée. Rivage se frotte la bouche et le menton ; Copperfield prend plusieurs photos. Sur la nationale, un conducteur remarque deux hommes dans le champ. Copperfield note mort par suffocation.

Des empreintes de pas brouillées par la boue qui se perdent dans les herbes hautes. De la sueur sur le front de Rivage. Le soleil, à l'horizon.

Après autopsie, découverte d'un tatouage de couronne à l'intérieur de la cuisse gauche. La cicatrice a suppuré. L'enfant vient du quartier de Myriad Pro. Cinq kilomètres à pied entre ici et le collège.

Interrogatoire d'une enseignante : élève sans histoire, notes moyennes, appréciée. Une silhouette les scrute depuis le troisième étage, que Rivage remarque. Il fait signe à Copperfield. À la sortie, une élève leur dit : il ne faut pas croire les adultes.

Interrogatoire des parents : mère prostrée dans le salon. Le récit du père est décousu et contradictoire. Aucun trajet habituel ne justifie qu'on l'ait retrouvée là. Ils se permettent de fouiller sa chambre et trouvent un trou de 3 cm de diamètre dans la cloison mitoyenne à celle de ses parents.

Tapisserie jaune à motifs floraux, mobilier en formica, forte odeur de détergent. La mère à la fenêtre du salon ; les lampadaires éclairent des trottoirs vides.

Dans un album de famille, une photographie de la fille avec une couronne en papier sur la tête. Ensuite, patrouille dans le quartier. À la radio, Night Walk. À la radio, appel à toutes les unités : nouveau corps à 2 kilomètres du premier.

13 JANVIER 2014

Même âge, même sexe, mêmes blessures, tatouage semblable au poignet gauche, plus propre. D'après le médecin légiste, tuée trois jours plus tôt. Autour, le marécage, d'autres champs, la centrale, 10 hommes dont 7 en tenues blanches. Copperfield note trouver la couronne.

Le collège est mis sous surveillance et le personnel interrogé. Le directeur dit qu'il ne connaît pas chacun de ses 600 élèves individuellement, mais que c'est une perte terrible. Copperfield note se ronge les ongles. Il n'a jamais surpris de mouvements suspects devant son établissement.

« Il est risqué de garder tel quel ce qui est mal écrit. Un mot jeté au hasard sur le papier peut détruire l'univers. Fais attention et corrige ton texte tant qu'il t'appartient encore, me dis-je souvent, car tout ce que tu as écrit, une fois que tu l'auras livré, creusera son chemin dans des milliers d'esprits, le bon grain noircira, au risque de ronger, d'embraser, de raser toutes les bibliothèque.

Une seule solution : écris sans t'en soucier – seul ce qui est nouveau survivra. »


Il y a un livre intitulé Rivage au rapport qui pourrait paraître cette année ; je l'estime presque fini. Il ne changera plus beaucoup et tout ce que j'avais à dire est sans doute déjà là, dans les pages qui sont écrites. Je ne sais pas si ce livre doit exister. J'ai le sentiment que Rivage est une étape, qui devait prendre sa forme actuelle pour accéder à quelque chose de plus lointain, et que je distingue encore mal ; un livre pour un autre. Je ne ressens pas la même satisfaction qu'en achevant La Ville fond, avant même de l'avoir achevé, sachant que mon idée était là dans la forme que j'avais prévu pour elle, et que l'ensemble pouvait être vu.

Avant le premier roman, il y a la nécessité de publier ; ensuite, il y a les raisons de publier encore.

Quel projet construire, quoi dire.

Qu'est-ce qu'on fait des livres qui ne touchent pas au but ?

« Nous nous réveillons en sursaut et ce que nous voyons
nous terrasse .

Que la terreur torde le monde ! » – William Carlos Williams, Paterson (trad. Y. di Manno).


Je ne sais pas d'où vient l'idée communément admise qu'un bon livre prend forcément du temps à écrire.

Quand la lumière et la chaleur d'été (derniers jours de mai par exemple) tombaient par les fenêtres de la salle de classe alors que le cours prenait fin, et que les quelques bandes d'herbes à côté des préfabriqués adoptaient enfin d'autres allures, plus lascives sans doute, plus accueillantes, il était difficile malgré tout de rester à proximité de ce qui était notre lieu du travail. On ne pouvait pas s'endormir à côté des chaises et des estrades ; il fallait prendre de la distance. Mais on percevait ce qu'aurait pu devenir le lycée : un jardin sans doute.

« Je finis la soirée en méditant sur Nova Cidade de Kilamba, une ville fantôme bâtie par une compagnie d'État chinoise, dans laquelle pas une seule voix humaine ne résonne. Ville qui me hante. » – A.C. Hello, Naissance de la gueule.


Un journal, c'est aussi tous les moments où on écrit rien, mais où on vit quand même.

Dans Rivage, il y a des histoires naïves qui sont pourtant des histoires vraies. Mes personnages parlent peu et disent des choses banales car on parle toujours peu en disant des choses banales.

Un jour, j'ai dit que les livres qui restaient, je les donnais à Emmaüs, et on m'a dit : oh non. Je n'ai pas compris pourquoi ce oh non (ou plutôt j'ai très bien compris).

« Un des plus grands vices de la bourgeoisie blanche [...] est sa réticence à penser, sa méfiance vis-à-vis de l'indépendance d'esprit. » – James Baldwin, Retour dans l'oeil du cyclone (trad. H. Borraz).


Ce soir, c'est la première fois depuis le début de la rédaction de Rivage au rapport (cad environ un an et demi) que je relis mon brouillon en entier. À titre indicatif, les personnages se nomment : Rivage, Copperfield, Sigourney Weaver, Pizza Boy, Vera Figner, Atomic Samuraï, Artorias et Yogg-Saron.

Je me demande comment les autres vont le lire.

Ma rigueur au quotidien est plus que limitée. Souvent, le temps qui pourrait être consacré s'évapore.

« C'est ainsi que les brigands-guérilleros de l'Italie du Sud détruisaient non seulement leurs ennemis et les documents qui rendaient légal leur esclavage, mais aussi les riches superflues. Leur justice sociale, c'était la destruction. » – Eric J. Hobsbawm, Les bandits (trad. J.-P. Rospars et N. Guilhot).


Ce que j'aime avec le cinéma, c'est sa voie indirecte. À l'image, si sur un parking il manque une voiture, on voit qu'il manque une voiture, sans avoir besoin de le signaler. Dans un livre, on doit forcément dire : il manque une voiture, ce qui implique d'office le soupçon.

Le texte force la liste méthodique des composants d'un paysage, alors seulement ensuite on peut s'autoriser à supprimer des éléments.

Un autre roman qui tournerait autour d'un seul meurtre, et pour lequel tous les personnages se soupçonneraient. Mais comme Rivage débute déjà par un meurtre, cet autre roman n'existera sans doute jamais (tant pis).

Il a peu plu, cet automne.

Après le travail, je rentre à pied, je prends le temps.


Qui lit encore les livres ?

« Quand on a pour soi les lois de l'histoire, les intérêts de l'avenir, les nécessités économiques et morales qui conduisent à la révolution ; quand on sait clairement ce qu'on veut, de quelles armes on dispose et quelles sont celles de l'adversaire ; quand on a pris son parti de l'action illégale ; quand on a confiance en soi et quand on ne travaille qu'avec ceux en qui l'on a confiance ; quand on sait que l'oeuvre révolutionnaire exige des sacrifices et que toute semence de dévouement fructifie au centuple, on est invincible. » – Victor Serge, Ce que tout révolutionnaire doit savoir de la répression.