Relevés
mail@quentinleclerc.com
2012201320142015201620172018
SACCAGE / LA VILLE FOND / SPEEDBOAT


Sur la plage, on retrouve une barque avec un corps dedans. Personne ne reconnait le corps. Les policiers n'ont aucune piste. Il n'y a pas de policiers. Le corps est habillé mais n'a pas de chaussures. On retrouve le propriétaire de la barque. Il ne reconnait pas le corps. Il reconnait sa barque. On retrouve les chaussures trois semaines plus tard. Elles n'ont plus de lacets. On ne retrouve pas les lacets. On retrouve le propriétaire de la barque pendu deux semaines plus tard. On retrouve une lettre d'adieu sur la table de son salon. On ne retrouve pas la femme à qui elle est adressée. La lettre reste vague dans ses intentions et dans son propos. On ne retrouve pas le sens exact de cette lettre. Elle ne peut sans doute être comprise que par la femme introuvable. On abandonne l'idée de la retrouver. On ne retrouve plus la barque. On ne retrouve pas les voleurs. On retrouve la barque deux mois plus tard à 150 kilomètres de son endroit d'origine. Le nouveau propriétaire dit qu'il l'a achetée d'occasion. Il ne savait pas qu'une enquête était en cours. L'enquête est terminée. Il n'y a jamais eu d'enquête. Le nouveau propriétaire ne retrouve pas le nom de celui à qui il l'a achetée. Il ne retrouve pas non plus le journal dans lequel avait paru l'annonce. On découvre une tache de sang sur une des chaussures. On ne retrouve pas à qui est le sang. On retrouve le magasin où elles ont été vendues. La vendeuse ne sait plus à qui elle les a vendues. Elle ne retrouve plus les factures dans son ordinateur. Toutes les sauvegardes de l'ordinateur ont été effacées. La vendeuse ne sait pas ce qui s'est passé. Un jeune homme dit avoir vu une voiture se garer au bord de la falaise trois jours avant la découverte de la barque. Il ne retrouve plus la marque de la voiture. On cherche des indices au bord de la falaise. On retrouve du sang dans l'herbe. On retrouve les lacets qui manquaient aux chaussures. On retrouve du sang sur les lacets. Deux semaines plus tard, on apprend que le sang ne correspond pas à celui de la victime. On retrouve une voiture accidentée dans un fossé à 30 kilomètres de là. La voiture était une voiture volée. On ne retrouve pas son conducteur. Quand les ambulanciers sont arrivés, la voiture était vide. Le capot était enfoncé et fumait. D'après les experts, une autre voiture était concernée dans l'accident. On retrouve la peinture de l'autre voiture sur la carrosserie de celle dans le fossé. La peinture de l'autre voiture est rouge. On ne retrouve pas l'autre voiture. Le jeune homme se souvient que la voiture au bord de la falaise était rouge. Dans la voiture accidentée, on retrouve une photo du corps de la barque. La photo a été prise alors que le corps était déjà mort. Le corps n'est pas dans la barque, il est sur la plage. Le corps n'a jamais été déposé sur la plage depuis qu'on l'a découvert. La photo date d'avant la découverte du corps et d'avant sa présence dans la barque. En ligne, une personne dit avoir tué la personne retrouvée dans la barque. Il écrit sous pseudonyme et on ne retrouve pas sa véritable identité. Sa photo de profil est une photo du corps. Le corps y est encore vivant et il s'agit d'une femme. Cette photo de profil prouve que le propriétaire du compte connaissait la victime. On a retrouvé le sexe du corps. On ne retrouve aucun proche. On ne retrouve pas l'IP d'origine du créateur du compte. On ne retrouve pas d'où il a posté ses statuts. Dans le coffre de la voiture accidentée, on retrouve une pelle, deux sacs de terre et une paire de bottes. Sous la semelle des bottes, on retrouve du sang séché. On retrouve également du sang dans les sacs de terre. En plus du sang, on découvre un doigt. Au doigt, il y a une bague. On ne retrouve pas le nom de la pierre précieuse accrochée dessus. On ne retrouve pas à qui appartient le doigt. Dix jours plus tard, on retrouve la voiture rouge dans une casse. Les sièges et les jantes ont été enlevés. Elle a été transformée en cube. Sans le rouge, on ne l'aurait pas reconnue. Le gérant de la casse ne se souvient pas du nom du client. Il se souvient ne pas avoir vu son visage. Le client s'est contenté de récupérer quelques billets et est aussitôt parti. Il semblait impatient que sa voiture soit détruite. Il avait une sorte d'accent, mais le gérant ne retrouve plus lequel. Il a acheté un paquet de bonbons et un magazine de jouets pour enfants. Dans son ordinateur, le gérant retrouve le titre du magazine et le type de bonbons. Trois jours plus tard, on retrouve le paquet de bonbons à côté d'un corps d'enfant. Sur le paquet, on retrouve des empreintes qui ne sont pas exploitables. Le paquet n'a pas été ouvert. On retrouve très vite les parents de l'enfant. Ils disent n'avoir aucun ennemi. Deux jours plus tard, ils se rendent compte que la baie-vitrée de leur salon est cassée et qu'elle ne ferme plus. Les jours qui suivent, ils retrouvent des objets à des endroits où ils ne les ont pas posés. On leur demande pourquoi ils n'ont plus de voiture. Le père bredouille une explication étrange. La mère dit qu'ils ont eu un accident. On fait le lien avec la voiture accidentée sur le bord de la nationale. On amène les parents au commissariat. On les interroge sur leur voiture et sur la voiture rouge avec laquelle ils ont eu l'accident. Le père dit qu'ils n'ont croisé aucune voiture et qu'il a simplement perdu le contrôle de son véhicule. On leur demande des explications sur la pelle, le sac de terre et les bottes. Les parents ne savent pas de quoi on leur parle. On leur montre les objets mais ils ne les reconnaissent pas. Ils disent qu'on les a piégés. Ils ne savent pas par qui. On place le père en garde à vue. La mère rentre chez eux. Une semaine plus tard, on la retrouve pendue dans la chambre de son enfant. On ne retrouve pas de lettres d'adieu. On retrouve plusieurs éléments qui ne coïncident pas avec la thèse du suicide. On redemande au père s'ils ont des ennemis. Le père se mure dans le silence. Six mois plus tard, l'homme qui avait racheté la barque meurt en mer et la barque disparaît avec lui. On ne retrouve pas son corps ni la barque. Pendant trois ans, l'enquête reste en suspens. Il n'y a plus d'enquête. La plupart des témoins et suspects potentiels disparaissent. Une expédition scientifique arrive sur Mars. Dans un désert de poussière, elle découvre un corps. Il ressemble trait pour trait à celui découvert dans la barque. Quand les scientifiques veulent ramener le corps, il se désintègre entre leurs doigts. Ils ne retrouvent plus aucune trace du corps. Les photos qu'ils ont prises servent de preuves. On se demande comment le même corps peut se retrouver sur deux planètes différentes. Des experts avancent des théories incompréhensibles. On fait comme si ce deuxième corps n'avait jamais existé. En prison, le père parle enfin. Il dit qu'il a tué son propre enfant et poussé sa femme au suicide. Aucune piste ne coïncide avec sa déclaration. On suppose qu'il couvre le véritable meurtrier. On l'interroge à nouveau sur l'accident de voiture. Il parle du corps découvert sur Mars.


Le truc vraiment à la mode niveau littérature c'est le roman sur la vie à 80 km de Paris dans un bled relié par un intercité où on trouve une déchetterie (renommée décharge pour l'occasion) et des zones inutiles à côté des quais de gare, protégées par des barrières vertes en métal (vous voyez). Si une fois on a fumé un bédo à 3h du mat c'est bonus on peut se la jouer Michaux. Ce genre de truc marche très bien, écrit par un type de 25 ans doublement, avec un peu de cul on a même un prix, 50 000 exemplaires et donc du $$$$ en masse. Chacun tente sa chance, avec recette semblable : des chiens, des carcasses de bagnole, un mec qui glande sur son canapé et qui s'appelle Doumi, des familles à la Resident Evil, un temps de merde, et on peut insérer des mots comme "putain" ou "ce gros con de" pour ajouter à l'effet de réel (primordial). Après sur les plateaux on dit : j'ai bien connu ces terrains à l'abandon, c'est là d'où je viens (silence pesant). François Busnel est à deux doigts de chialer. Heureusement il peut se retourner vers le moine milliardaire Matthieu Ricard qui lui dit (par télépathie) : ça va aller mon pote. Devant sa télé nous on peut pas s'empêcher de penser : comme ce gars a souffert, alors qu'il est classe mannequin. C'est le fromage râpé Président qui veut se faire passer pour du Marque Repère. Mon conseil : plutôt que viser le chef d'oeuvre, reprendre deux trois chipos et sortir la table de ping-pong. On gagne moins de thunes mais la victoire est honnête.

Si ça vous intéresse, les photographies de Matthieu Ricard le moine milliardaire sont dispos sur Photoby et YellowKorner. Par exemple Soleil levant avec drapeaux à prières Tibet est à 89€.

100% de chance que François Busnel a Soleil levant avec drapeaux à prières Tibet dans son salon. Il doit même trouver ça beau, et franchement pas si cher (lui l'a eu gratos).

Matthieu Ricard le moine milliardaire pourrait être le titre d'un shōnen de 12 tomes.


J'ai vu qu'on pouvait émuler Doom sur un Thermomix.

Vous avez remarqué : je ne cite presque plus de livres.

Je ne pensais pas en venant m'installer ici qu'il y aurait autant de crimes. Dans une ville de bord de mer de 5000 habitants, on s'attend à un minimum de tranquilité. Depuis mon appartement, j'ai vue directe sur l'océan. C'est calme mais je paie cher chaque mois. Je joue toutes les nuits jusque 4 heure du matin. Après 2 heure il n'y a plus personne sur TeamSpeak et j'enlève mon casque pour écouter le bruit des vagues. Je ne dirais pas que ça me détend mais plutôt que ça me hante. Je marche dans des maps sans joueurs et je regarde les décors inaccessibles. Ils ont quelque chose d'étrange et de perturbant parce qu'ils sont là mais qu'on ne peut pas les atteindre. Quand on tire sur les autres joueurs on se détourne de ce qui est hors de la map. Mais quand il n'y a plus personne à tuer, je me demande pourquoi on ne peut pas sortir d'ici. Ma réflexion s'arrête là. J'ai loué une Mercedes sur place. Je m'en sers quand je veux quitter la ville. Les ados qui vivent dans la résidence tournent autour quand ils pensent que je dors. Ils sont avec des filles et je leur dirais bien de l'essayer. Ils pourraient coucher ensemble dedans. Je ne sais pas s'ils ont le permis. On peut longer la corniche jusqu'au port qui ressemble plutôt à une zone industrielle. Il n'y a plus de bateaux. Il reste quelques camions frigorifiques qui transportent sans doute de la marchandise de contrebande. Personne ne se promène par là. Quand j'y vais en voiture je n'en sors jamais. Je reste à les observer, assis au volant. Je laisse le moteur tourner. Ils parlent sans doute de moi comme de l'étranger, car je suis le seul à être venu m'installer ici à cette saison. Je sais que la plupart des habitants m'ont repéré. Cette surveillance me gênait beaucoup au début mais maintenant j'essaie de ne plus y faire attention. L'un d'entre eux a sonné un soir mais je n'ai pas ouvert ma porte. Je ne sais pas ce qu'il me voulait. Je suis bien meilleur depuis que je m'entraîne ici. Je n'ai pas de rideaux et on peut sans doute voir mon écran depuis la rue. Depuis que j'ai acheté une Razer je vise beaucoup mieux. Je n'aime pas être déconcentré et je n'aime pas qu'on me vole mes frags. Je préfère commander en ligne que manger dehors. Je n'aime pas tellement croiser les gens. Les vagues me hantent. Elles m'aident à viser et à améliorer mon score. Je vais sans doute me qualifier aux championnants du monde. Il y a 3 millions de dollars pour le gagnant. Je changerais de vie. Pendant un moment je ne vais plus sortir. Je vais rester ici pour jouer et m'améliorer. Les conditions sont idéales. Jamais je n'ai connu de telles sensations. Je ne sais pas si c'est la mer, la solitude ou les crimes. La matériel est aussi important que l'environnement. C'est à ce prix qu'on devient professionnel.


Dans Mario Kart, prendre un raccourci c'est toujours prendre un risque. C'est ce qu'on appelle l'aventure. Les premiers navigateurs avaient l'âme de celui qui est 1er et tente quand même le raccourci cascade sur Plage Koopa. C'est s'en remettre au sort du saut boosté parfait. Au fond, même avec une maîtrise parfaite, personne ne peut le maîtriser totalement. Placer correctement le Champignon Turbo pour atteindre la cavité rocheuse tient de l'exploi autant que de la folie. Christophe Colomb aurait fait un WR sur Plage Koopa, mais au prix de quels sacrifices. C'est le travail d'une vie. À chaque fois que j'emprunte ce passage secret, c'est comme si je découvrais les États-Unis avant Christophe Colomb. Il y a une sensation de fraîcheur et de satisfaction qui dépasse la simple course, le simple exploit. Le mieux c'est quand on est 2ème et qu'on passe 1er grâce au raccourci. Non en fait vraiment le mieux du mieux c'est quand on atterrit sur la tête du 1er et qu'on lui passe devant après l'avoir humilié grâce à cet atterissage. En bonus on peut placer une petite Banane qu'il se prendra directement après avoir retrouvé ses esprits. Christophe Colomb a placé une Banane à tous les autres navigateurs. Une sorte de banane waterproof. Je me suis toujours demandé pourquoi Luigi avait un aspirateur comme arme dans Luigi's Mansion. Luigi's Mansion c'est comme le Projet Blair Witch mais avec un aspirateur, Luigi et des fantômes du genre Casper le gentil fantôme. Luigi aspire les fantômes et atomise Satan. Si Dante avait eu un aspirateur il aurait pu s'épargner 18 étages de délire chrétien et directement accéder à Béatrice par le biais d'une aspiration en règle des enfers, du purgatoire et du paradis, Dieu inclus. Sa prose italienne unique aurait été directement inspirée par la sucion de l'aspirateur. Si Luigi écrivait un truc à la hauteur de La Divine Comédie ça n'aurait rien à voir justement grâce à l'aspirateur. Luigi's Divine Comedy aurait fait un bide commercial évident. On ne pourra plus jamais écrire un truc comme La Divine Comédie. C'est pour ça qu'on joue à Luigi's Mansion sans se poser de questions. Dans Super Mario Sunshine Mario a le même genre d'aspirateur mais qui crache de l'eau. Il y avait vraiment un truc au début des années 2000 pour les aspirateurs, un genre d'obsession. Depuis Dyson fait un chiffre d'affaire de malade. La relance de l'électroménager par Nintendo c'est un sujet dont personne ne veut parler. J'achèterais bien un Dyson pour chasser les démons de mon appartement. Depuis que je les ai invoqués c'est un vrai bordel par ici.

cette année
à bordeaux
un colloque de littérature
m'est consacré

tous ces gens
qui m'admirent
vraiment
quel plaisir


Si j'avais la fibre je pourrais aller beaucoup plus vite vers le futur. Une meilleure connexion internet c'est une meilleure connaissance des autres. En 56k les seins des stars du porno apparaissent au ralenti. Ça donne un aperçu mais c'est insatisfaisant. Si on vivait en 56k on ne verrait jamais que la moitié de nos parents. On serait pas plus malheureux mais on n'aurait pas de jambes, ou plutôt les uns les autres on verrait jamais nos jambes, que nos bustes. La connaissance par les bustes. Niquer des bustes. Des non-bites dans des bustes. Comme si on niquait les statues antiques du Louvre. Le 56k c'est la préhistoire et pourtant c'est que 15 ans dans le passé. 15 ans c'est rien. Moi il y a 15 ans j'avais 13 ans et j'imprimais déjà des bustes de stars du porno pour les cacher dans des BDs Astérix. Affronter le 56k c'est faire preuve d'une patience de sage. La préhistoire c'est taper ses ennemis avec des os et télécharger un mp3 de 6,2Mo en 40 minutes. J'adore la préhistoire et les dinosaures. Je collectionais des cartes à leur effigie quand j'étais plus jeune. J'avais aussi 3 reconstitutions fluorescentes, dont un stégosaure et un tricératops. Maintenant tout doit être jeté à la poubelle. C'est dramatique d'imaginer la préhistoire à la poubelle. Jeter son passé c'est la pire des attitudes possibles. Sans doute que mon tricératops brille encore dans une décharge. Le plastique met des milliards d'années à se décomposer. Mon tricératops aura survécu à la double extinction de son entité réelle et de son entité plastique. Si j'avais des figurines à mon effigie je pourrais briller pour toujours dans une décharge. C'est pour ça qu'il faut à tout prix viser la gloire internationale, pour les produits dérivés. Une reconstitution 1:1 de mon enveloppe corporelle, donc 0,1% de l'intérêt de ma personne, mais pour toujours. 0,1% de moi pour toujours. Quand la Terre explosera mon double de plastique flottera dans l'espace et atteindra MARS 3000, planète composée uniquement de sable fin et de parasols Coca-Cola. Il mènera une meilleure vie que la mienne. J'aimerais tellement être une star. Quand je les regarde sur Youtube, je les envie. Quelles vies de rêve ils mènent. Voyager dans le monde entier, boire de l'Ice-Tea ou du Sprite gratos. Si on me demandait pour quoi je suis né, je dirais pour ça : tous les sodas gratos. Sur MARS 3000 il y aura aussi des glacières remplies de COCA-COLA. La planète entière serait sponsorisée par Coca-Cola, mais la marque ne serait plus vue comme une terrible multinationale capitaliste. Simplement comme une marque décontractée et désaltérante. Il n'y aurait que moi sur MARS 3000, et peut-être quelqu'un d'autre que j'aime bien ; en plastique aussi. Je n'ai pas peur de ce qu'il y a après la mort. Je fais confiance au système solaire pour créer des planètes géniales où il fera bon vivre. Il était là avant nous. Il sait ce qui est bon. Le système solaire, on peut compter sur lui, émoji pouce levé jaune.


Bourg-Palette me manque
comme une ville
où j'aurais vécu

L'idée serait, à l'américaine, d'écrire un livre avec des bouts de plein de choses, et de faire comme si c'était volontaire, alors que c'est surtout volontairement l'aveu de pas pouvoir faire autrement (= d'avoir raté le projet ou d'avoir la flemme).

Si je pisse dans la douche, c'est pour sauver la planète.

Quand je pisse sous la douche, je pense au colibri de Pierre Rabhi, mais qui aurait la voix de Pumba dans Le Roi Lion, et qui me ferait un clin d'oeil satisfait et pervers.

Aussitôt après Pierre Rabhi mourrait.

L'écologie c'est le lien entre la pisse hors chiotte et des oiseaux rares utilisés à des fins mercantiles par Pierre Rabhi pour vendre des kilos de bouquins chez Actes Sud.

Quelque part dans une forêt tropicale, le colibri doit se dire : putain de Pierre Rabhi (et il tend un poing-aile rageur vers la canopée). Pierre Rabhi a complètement pompé le business du colibri sur le dos du colibri. Le colibri reste dans ses contrées modestes tandis que Pierre Rabhi a un loft à Majorque.

Très bonne affaire de Pierre Rabhi du point de vue capitaliste et placement immobilier. Un loft à Majorque ça vaut une blinde et dans 10 ans ça vaudra le double = opé en or.

Sauf si tout le monde est mort d'ici là, ce qui statistiquement est probable.

Par exemple, moi, dans la vie quotidienne, je dis tout le temps "il y a 100% de chance" ou "il y a 0% de chance". C'est une sorte de tic de langage. Avant, comme tic, je gonflais mes narines.

Donc, si on me demandait lors d'une promenade ce que je pense de tout ça, je dirais qu'il y a 100% de chance pour que Pierre Rabhi soit mort dans 10 ans, et donc qu'il touche 0€ sur la revente de son bien immobilier de luxe.

Petite vengeance pour le colibri, qui aura lui-même sans doute déjà rejoint le dodo (RIP) parmi la grande ribambelle de faune éteinte.

Pisser sur ses pieds sous la douche c'est une honte pour soi mais c'est une honte quand même.


À lire la page Facebook du lieu, j'ai parfois du mal à savoir s'il s'agit bien de la Maison Julien Gracq, ou de la Maison Emmanuel Ruben.

95% des livres que je vois sur les tables des librairies ont l'air de puer la merde.

j'écris un roman
de 300 pages
bonnes critiques
il se vend bien

ma famille me prend
pour un artiste

la nuit
je passe des heures
sur dofus

Je suis assis au bord de l'eau. C'est ultra reposant d'écouter les clapotis et les animaux sous-marins. Sur mon ordinateur je regarde une vidéo que j'aime et qui me fait du bien. C'est un super moment que je passe là. J'aimerais que ça dure toute ma vie. Cette ville, je l'adore, rien que pour son lac. Toutes les villes devraient avoir un lac. Il y a des milliers de poissons sous l'eau. C'est à la fois beau et serein, et moi-même je m'inspire de cette sérénité pour devenir un homme meilleur. Souvent on me demande d'où je tire toute cette force, et je réponds de là, en montrant le paysage autour de moi, qui est magnifique. Je vois que ça inspire beaucoup mes interlocuteurs quand je montre le paysage avant autant de simplicité. Ils comprennent que je fais partie de lui comme il fait partie de moi, et que nos deux énergies se répondent. C'est puissant et en même temps c'est odieux pour eux, car ils comprennent alors qu'ils ne sont que des déchets. Je tente de les rassurer en leur montrant des vidéos sur mon ordinateur qui peuvent les remotiver. Il faut une sacrée force morale pour encaisser toute cette merde. Il faut regarder beaucoup de vidéos pour ne pas désespérer. J'ai plus de 9999 heures de vidéos à mon actif. C'est de là que je tire ma conscience extrêmement poussée du monde. Les ondes électromagnétiques m'ont donné une sorte de pouvoir ultime pour maîtriser les éléments, comme l'air, le vent, le feu et l'eau. Dans la série Avatar, un jeune chauve peut maîtriser tous ces éléments, et moi aussi, grâce à la puissance des vidéos et des ondes cumulées. La technologie nous offre le pouvoir d'être des surhommes, non pas grâce à des prothèses métalliques, mais grâce à la surpuissance mentale. Je n'ai pas besoin d'avatar numérique car je suis omniscient en ligne. Mais il ne faut pas oublier la nature. C'est elle qui fournit l'énergie numérique nécessaire pour construire des paysages en 3D. La 3D vient des arbres et des nuages. En fait, elle vient de l'origine de l'univers, qui est le chaos primordial. C'est ce chaos de la naissance des choses qui a fait naître les polygones et donc la 3D. Crash Team Racing vient des profondeurs du Big Bang et chaque course est comme un retour au trou noir qui est notre mère. L'eau en 3D peut se boire grâce à des pailles biodégradables. Dans la plupart des jeux vidéo, les personnages ne savent pas nager ni filtrer l'eau salée. Ils n'ont pas de charbon dans leurs carafes d'eau. Ils ne boivent jamais. L'eau n'est pas nécessaire à la vie numérique, ni l'air, qui est pourtant l'élément fondamental du vide numérique et de la 3D. En 2D il n'y a pas d'air car les décors prennent tout l'espace. Si les poissons pouvaient respirer sous l'eau ils construiraient des serveurs et joueraient avec nous à GTA V. L'humanité mène vers la reconstruction en 3 dimensions de notre univers. Dans Matrix le héros fait du kung-fu mais ne joue jamais au kung-fu car il incarne le kung-fu. Si on pouvait incarner l'eau, on pourrait reconstruire la Terre et accéder au rang de planète. On pourrait taper dans les autres planètes de notre système solaire et atteindre une galaxie lointaine où les rhinocéros ont un gros orteil à la place de leur corne. Ce gros orteil serait une conscience surdéveloppée nommée Dieu qui parlerait avec la voix interne de Windows XP. Pour construire cette vision d'une entité divine, je m'inspire des BDs de Jodorowski où les nanopapes ont des oeufs noirs qui flottent au dessus de la tête. Je me suis toujours demandé s'ils pouvaient éclore. En tant que planète on aurait la responsabilité énorme de protéger toutes les espèces animales et végétales qui vivraient sur nous. Il faudrait empêcher l'espèce humaine de commercialiser la PSP une seconde fois, même s'il y a eu quelques bons jeux. C'est une responsabilité énorme. Au départ de tout ça, il y a l'eau, l'air, le silence et quelques vidéos. On peut tout construire à partir de ces quatre éléments. C'est vraiment simple, quand on y pense.


J'aimerais écrire mon livre comme je vous parle. C'est-à-dire avec tous les parasites et toutes les idées sans lien qui surgissent à mesure. Je ne sais plus ce qu'est la linéarité, si je l'ai jamais su. Je ne sais plus ce qu'est la patience d'écrire. J'aimerais que tout aille vite, beaucoup plus vite, et tout dire en même temps. Je refuse de choisir. Je ne peux plus choisir, je n'en ai pas le temps. J'ai envie de profiter au maximum de ce que le capitalisme a à nous offrir avant qu'il ne s'éteigne, ou qu'on ne s'éteigne avec. J'ai envie de rire parce que tout va disparaître et que c'est affreux. Les ordinateurs, les voitures, la télévision, les dentifrices, les mp3, les serveurs, cette page web, tout ça va bientôt disparaître, presque d'un coup, et actuellement nous sommes obligés d'en garder le souvenir, et c'est une joie immense d'être les mémoires de ces détails mais c'est aussi, par avance, d'une nostalgie écrasante. Alors je n'ai plus le temps de savoir si je veux raconter l'histoire d'un quidam qui passe par là, c'est même hors de propos, parce qu'il faut tout raconter en même temps, d'un coup, les ordinateurs, les voitures, les dentifrices, les mp3, la télévision, les serveurs, toutes les pages web, tous les quidams qui passent par là, toutes les histoires d'amour, il faut se rendre compte de la masse de choses que nous avons à écrire, c'est une charge colossale, c'est démesuré. Moi je préfère abandonner d'office. Je n'ai pas le temps pour tout écrire. J'ai à peine le temps d'écrire ce paragraphe. Je le fais pourtant en sachant que c'est une faute. Je le fais par faiblesse. Je le fais pour ne pas raconter ma première partie sur POKéMON, toutes les émotions éprouvées entre mes 12 et 18 ans, ou la rue du Lac, ou les visages des voisins, mes figurines, mon grand-père, toute mon enfance, toute mon adolescence, j'écris les larmes aux yeux parce que je sais que je passe à côté de mon coeur en ne l'écrivant pas. Mais je n'ai pas le temps de m'attarder dessus. Tout part vous comprenez. C'est terrible comme sensation. Je ne retrouve déjà plus les archives de mes conversations MSN, ni l'url de mon skyblog. Et c'est pourtant tout ça que j'aurais déjà dû écrire, que je devrais écrire si j'en avais la force et le courage. Tout est en feu vous comprenez. L'oubli est infernal. Je n'ai même pas 28 ans. À la fin du Sacrifice de Tarkosvki le personnage principal court devant sa maison qui brûle. C'est une scène magnifique parce qu'il met le feu lui-même à la maison, avec toutes les chaises empilées, les verres, sa sono, les rideaux, les tables, les chandeliers, les lits, il donne tout au feu, et tous ses proches sont paniqués, ils hallucinent, et pourtant il a eu raison, il a décidé d'anticiper sur l'inéluctable et il est passé du même coup de l'autre côté, vous vous rendez bien compte que je réinterprète totalement le film à ma sauce parce que je n'ai pas le temps de trouver une comparaison adéquate, c'est d'une sagesse profonde de sa part, ultime presque. Qui pourrait, là, dans l'instant, tout jeter au feu et dire : vivement la suite ? Personne, je le crois bien, parce que l'accroche est trop profonde, parce qu'on est tous boulonnés à notre mémoire qui est ce système qui n'a plus de raison d'être. Le système, la mémoire, l'identité, rasés là, désintégrés, comme à la fin d'Akira, vous voyez, ce globe lumineux qui rappelle Hiroshima. Je pense qu'on trouvera une espèce de salut dans le jeu dernier, la formule est pompeuse mais l'idée simple, comme quand vous jouez une dernière fois avec une figurine avant de la ranger dans un carton, ou de la jeter aux ordures, ce plaisir là, sans perspective. Un plaisir immense. Il faut s'en souvenir avant de s'enfoncer dans la forêt, accompagné d'autres qui auront fait le même choix. Je veux profiter une dernière fois, encore un peu, de ce que ces jouets ont à m'offrir : pivoter les bras articulés, lancer une partie, tester les piles. Ensuite je serai disposé à découvrir la suite, cette autre vie qui nous attend, et qui n'a, je le sais, rien à voir avec la mort.


SPACEX

30$ l’aller simple
pour mars
3 mois de voyage
à peine
dans une fusée
façon SUV urbain
avec flipper
allume cigare
et concerts holographiques
de tom jones

on atterrit
dans un ouragan
éternel

après une randonnée
de 6 heures
en scaphandre
on arrive en haut
d’une sorte de montagne

il y a vénus
mars
et la terre
je crois


10

Énorme : il se trouve que le fermier a exactement le même écran plasma Samsung que Rivage. Après sa journée de travail épuisante à la ferme, il adore s'assoir dans son canapé trois places avec méridienne et mater ses films préférés en Blu-Ray. Il dit : je suis un vrai cinéphile. La qualité 4K des Blu-Ray c'est une expérience incroyable.

Samsung fait des écrans plasma de très bonne facture. C'est vraiment une marque à conseiller pour qui veut acheter un nouvel écran pour son salon.

Ouais, on peut dire qu'un écran plasma, et à fortiori de marque Samsung, ponctue parfaitement une décoration intérieure qui se veut de qualité.

Et Rivage a toujours soigné sa déco.

Il dit au fermier : mon écran ne s'allume plus.

Profondément, cette remarque casse les couilles du fermier.

Elle fait même l'effet d'un choc terrible. Un choc énorme simultané au niveau du coeur et du cerveau. Comme s'il avait été percuté de plein fouet par un 6110M John Deer, qui lui roulerait ensuite dessus au ralenti et lui exploserait le ventre et la tête calmement.

La destruction tranquille de son intégrité physique.

Et il dit : putain, j'en peux plus de vous les grosses merdes en technologie.

Ok, gros silence là-dessus.

Rivage le prend mal. Il le prend d'autant plus mal qu'il sait que c'est vrai. Donc il sort son flingue et met en joue le fermier. Sous la menace de son arme, le fermier se voit obligé de lui expliquer dans le détail le fonctionnement du menu. Rivage ne savait pas qu'on pouvait aller sur Internet. Il y a même une option pour afficher les sous-titres. Rivage sous-estimait complètement les capacités de sa machine. Il est heureux d'apprendre tant de choses. Son canon est toujours dirigé droit sur la nuque du fermier.

Au même moment, Copperfield a presque rattrapé le fuyard.


ARTIFICIAL LANDSCAPE

ce soir
le parcours de golf
se vide
des joueurs

la pluie
l’atmosphère
tout ça

on dirait
un niveau
de zelda


FIRST PERSON SHOOTER

en arrivant
sur les toits
on a un superbe
panorama nocturne
d’une los angeles
dévastée

en bas de l’ascenseur
une majorité d’extraterrestres
quelques monstres mutants
des porcoflics
et des frelons sentinelles

astuce :
on peut donner
des billets
aux putes
pour voir
leurs seins
et pisser
dans des urinoirs
simplement
en appuyant
sur la barre
d’espace


9

Pendant qu'ils courent à travers champs, Rivage dit à Copperfield : tiens au fait, il faudra que tu passes à la maison, j'ai un problème avec ma télé.

Le type quitte les champs pour disparaître dans un sous-bois. Ils ne le voient plus. Rivage n'a pas une très bonne foulée. Il est nul à chier en sport. Copperfield est un peu ennuyé. Il aurait les boules de laisser filer le type parce que Rivage ne tient pas son cardio plus de 5 minutes. C'est pas pro.

Copperfield lui dit calmement : allez, courage, on va le rattraper.

Ce qui, évidemment, à ce rythme, est complètement faux.

L'écart se creuse de plus en plus.

C'est la honte.

Au moins, le paysage est sympa. Copperfield aime bien le bocage. Dans son carnet, il y a aussi des dessins bucoliques qu'il gribouille de temps en temps. Il a un bon niveau, même si pas au point de devenir artiste. En plus des bocages, il dessine des robots. Parfois, il intègre ses robots dans des bocages pour créer des passerelles étranges entre son imaginaire et la réalité. Il ne se revendique d'aucune école.

Rivage s'est arrêté, les mains sur les genoux. Il tousse.

Copperfield regarde alternativement le sous-bois et Rivage, de plus en plus vite, comme pour presser l'un à rejoindre l'autre. Il dit : inspecteur, on va le perdre. Rivage sait que par sa faute ils sont en train de tout faire foirer. Il prend sur lui et dit : ok, pars devant, je te rejoindrai.

Copperfield file en sprint et disparaît à son tour dans le sous-bois.

À bout de souffle, Rivage s'assoit en plein dans la terre du champs.

De très loin, un fermier arrive à pied directement sur lui. Il paraît agacé.

Arrivé à sa hauteur, il lui dit : désolé monsieur, mais vous ne pouvez pas rester là.


8

Sur l'autoroute, ciel sympa, belle profondeur, bleu-rosé et les arbres de chaque côté s'alignent de manière à créer un environnement varié mais rassurant.

Rivage dit : tu sais Copperfield, il y a environ 2% de chance que l'on réussisse à traverser ces quatre voies. Tout ça, c'est mathématique. Des scentifiques ont calculé qu'entre la vitesse de notre marche, la vitesse des voitures, le nombre de voitures à passer par seconde et l'espace à traverser, on aboutissait à 2% de réussite. C'est vraiment très peu. Ils sont en panne, sur une bande d'arrêt d'urgence.

Ils viennent de poursuivre pendant 45 minutes un type au volant d'une BMW noire qui allumait pleine balle sur l'autoroute.

Le type a eu un accident et sa BM a fait plusieurs tonneaux. C'était très impressionant. Copperfield n'en revenait pas. Rivage conduisait avec sérénité.

Une fois la BM sur le toit, le type est sorti tant bien que mal de l'habitacle et a traversé l'autoroute en courant pour leur échapper. Ils se sont garés sur la bande d'arrêt d'urgence.

Ils en sont là.

Rivage dit : il faut tenter notre chance. 2% c'est peu, mais c'est faisable. Il suffit de faire des grands pas. Avec de très grands pas, on arrive à 2,00001%, ce qui est mieux. Copperfield ne voit même pas les voitures tant elles roulent vite. Il fait un peu nuit donc en plus les phares ont tendance à éblouir.

Rivage dit : allez, je me lance. Et il y va.

Tout se passe bien.

Parmi toutes les voitures qui sont passées depuis le début de leur conversation, trois écoutaient la même émission radio consacrée à des découvertes étranges en Antarctique.

C'est au tour de Copperfield, qui hésite. Il hurle à Rivage : vous êtes sûr que je ne risque rien ? Rivage fait semblant d'avoir entendu et lève son pouce.

C'est juste, mais ça passe aussi.

Pour la journée, ils ont épuisé leur quota de chance. Rivage dit : maintenant, on ne peut plus compter que sur nous.

Ils regardent le type s'éloigner en courant à travers champs.


7

Les enquêtes, Rivage adore ça. Au volant de sa voiture, il dit : quel plaisir de mener cette enquête. Il regarde le paysage par la vitre conducteur et il apprécie le moment. Il dit à Copperfield : j'aime les crimes, même s'ils sont horribles. Copperfield note dans le crime il y a une beauté éternelle.

En dessous, Copperfield note les paysages sont magnifiques dans cette région du pays.

Rivage dit : des adolescents qui se droguent, c'est vraiment atroce. Un peu plus tard, au directeur du collège qu'il interroge, il répète la même phrase. Le directeur renchérit : oui, c'est atroce ce monde dans lequel on vit. Ensuite, il regarde longtemps une photo de son fils sur la droite de son bureau, en train de jouer du saxophone.

Rivage demande : c'est votre fils ? Il a l'air de s'y connaître en saxo.

Le directeur demande : vous pensez que d'autres adolescents sont impliqués dans cette histoire ? Rivage regarde par la fenêtre les adolescents aller et venir dans la cour. Deux d'entre eux discutent d'un nouveau bloc intégré dans le dernier patch Minecraft et qui permet de se téléporter. Le premier dit : c'est vraiment pratique. L'autre dit : en même temps la map est illimitée.

Rivage serre la main du directeur et quitte son bureau. Copperfield note le directeur ment. À 50 mètres, quatre autres adolescents discutent, en cercle. Copperfield note le directeur couvre le meurtre. Rivage garde les mains dans ses poches. Un des quatre adolescents les remarque et se tourne vers eux. Il mime un pistolet avec ses doigts et tire sur Rivage, qui tombe d'un coup sur le sol.

Aussitôt, Copperfield s'agenouille à ses côtés et dit : tout va bien inspecteur ?

Rivage lui fait un clin d'oeil.


6

Sam Delta boit un mojito. Il n'en revient pas : ce mojito est excellent. S'il s'écoutait, il le boirait cul sec.

Rivage lui dit : dis-donc Sam, tu as l'air d'avoir la forme. Sam Delta pense à la réussite qu'est sa vie en cet instant. Il médite trois fois par semaine et parfois quatre si son emploi du temps le lui permet. Il aime prendre le temps de se construire un palais mental absolu.

Sam Delta dit : j'ai trouvé ce que tu m'as demandé. Il parle d'informations demandées par Rivage à propos des parents de l'adolescent.

Ils ont tous les deux un casier judiciaire vierge. Le père pratique le golf à un niveau amateur suffisamment élevé pour se faire passer comme pro auprès de ses amis. Il atteint parfois les 250m au bois 3 mais manque de régularité sur les approches. Le petit jeu n'est pas son fort.

La mère est quadruple championne du monde de BMX mais n'en a jamais parlé à personne pour ne pas faire d'ombre à son mari. C'est dire à quel point la discipline souffre d'un manque flagrant de publicité.

Ils aimaient leur fils plus que tout et lui avaient offert pour ses 14 ans une PS4 avec Fifa 10 et Final Fantasy X-2. Il avait pleuré de joie en débalant la console. Eux aussi avaient pleuré car cette PS4 symbolisait le parfait amour qu'ils éprouvaient pour leur fils. Elle l'incarnait au-delà des mots grâce à son mélange de puissance (processeur AMD Jaguar) et de mémoire (DD amovible 500Go).

Qu'un tel tableau puisse avoir été brisé est une tragédie pour toutes les familles de Myriad Pro.

Rivage demande : tu es où là ? Sam Delta répond : dans mon salon, tranquille.

Rivage dit : c'est bien.

Sam Delta dit : attends, bouge pas, on frappe chez moi. Derrière la porte d'entrée, un livreur avec dans les bras deux cartons de rhum arrangé. Au total, il en a eu pour un peu moins de 198$ les douze bouteilles frais d'import compris.

S'il s'écoutait, Sam Delta se ferait un deuxième mojito.


5

Rivage dit : moi, je commence à avoir la dalle. Donc => direction la brasserie.

Pendant que Copperfield commande, Rivage regarde les photos qu'il a prises à la morgue. L'une d'entre elles le fait marrer et il la montre à Copperfield. Copperfield se marre lui aussi (un peu moins) alors il la montre serveur, qui fait une moue gênée.

Le serveur dit : je ne suis pas très réceptif aux photos de cadavres. Par contre, je suis ceinture noire de karaté et je maîtrise le mawashigeri.

Dehors, énorme soleil blanc qui défonce la vue.

15 minutes plus tard, il leur sert deux steaks-frites bien copieux, 2kg chaque pièce de boeuf. Pour les cuissons, Rivage a demandé saignant et Copperfield à point. Comme le serveur s'est trompé, ils échangent leurs assiettes. Rivage avait déjà mangé une ou deux frites dans son assiette avant de la donner à Copperfield, qui se sent lésé.

Dans leur dos, deux femmes discutent du meurtre. Rivage se lève et leur montre la photo sur son téléphone. Il dit : regardez la réalité en face.

Par erreur, il avait ouvert la galerie d'images pré-enregistrées sur son téléphone et montre aux femmes un paysage champêtre du genre fond d'écran Windows XP.

Ce paysage numérique éternel provoque une sorte de révélation mystique aux deux femmes qui entrent dans une transe incontrôlable et quittent la brasserie sans payer.

Rivage regarde l'écran de son téléphone et pense à la reconstruction de Miami sur Mars.

Quelque chose comme une demi seconde plus tard, son téléphone vibre dans sa main. Sam Delta l'appelle.


4

Dans la section blabla du forum Minecraft fr, ça discute sereinement.

m444rc
un gars s'est fait tuer dans ma ville
peter___fire
putain tu le connaissais ?
m444rc
ouais j'étais dans le même collège

m444rc poste un scan de l'article paru dans le journal de Myriad Pro. Le scan est en 3500x2467 pour bien apprécier tous les détails de la photo d'illustration (le mort).

xXx-lolitaaa-xXx
salut

xXx-lolitaaa-xXx est en réalité [HOMME BLANC], 52 ans, sans emploi, amateur de pédopornographie et serial-killer. Il travaille comme assistant de la coroner à la morgue. Il a croisé Rivage et Copperfield 5 heures plus tôt.

Il aime bien Minecraft, sans plus.

Il est sur un serveur casual, où les autres joueurs construisent des reproductions à l'échelle de monuments célèbres ou de vaisseaux spaciaux. Il a une bonne config PC, qu'il n'exploite pas à fond.

peter___fire
mourir étranglé c'est vraiment atroce
diegoSSIMO
noyé c'est pire
peter___fire
c'est presque pareil
m444rc
même si c'est ce qu'ils disent dans le journal, je pense pas qu'il a vraiment été étranglé
à mon avis on l'a transpercé de 1000 coups de poignard dans la tête

En bas, la mère de peter___fire l'appelle pour manger. Il n'a pas tellement faim, sauf peut-être pour un ou deux yaourts à la fraise. Il écoute Love Talkin' de Tatsuro Yamashita. Il adore discuter avec ses amis sur le forum. C'est une vraie soupape après les cours. Depuis 3 mois, il est un des 35 modérateurs de la section PvP. Pour sa photo de profil, il a choisi le personnage principal d'un dessin-animé en 3D au succès confidentiel. Son pseudo vient de là aussi : le personnage s'appelle Peter Fire.

xXx-lolitaaa-xXx
si vous voulez en savoir plus sur moi, go MP


3

Dans le journal, Myriad Pro : un adolescent assassiné. Copperfield le montre à Rivage, qui le lit en silence. Rivage ferme le journal et dit : c'est une sombre affaire.

Dans la rue, quelqu'un passe qui les salue.

Rivage dit : jamais vu ce type. Copperfield dit : c'est sans doute parce qu'on est dans le journal. Rivage ouvre à nouveau le journal et lit un second article sous le premier. L'inspecteur Rivage mène l'enquête. Encore en-dessous, il lit l'horoscope.

Le type qui les a salués est toujours devant, à 15 mètres environ, et il leur dit : alors, vous avez trouvé le meurtrier ?

Trois heures plus tard, ils sont à la morgue. La coroner leur dit : c'est une sombre affaire. L'adolescent a des blessures un peu partout sur le corps. Au niveau du cou, il a un bleu foncé qui prend la forme d'un lien.

La coroner dit : on l'a étranglé.

Pendant ce temps, Rivage a ouvert un autre tiroir au hasard et dit : tiens, je le connais lui. La coroner et Copperfield le rejoignent et regardent le mort. La coroner dit : oui, il était très célèbre. Rivage demande à Copperfield de le prendre en photo avec lui. Rivage lève son pouce à côté de la tête du mort puis il dit : ça fera des souvenirs.

Sur son téléphone, Copperfield cherche le filtre le plus adapté. Dehors, le temps est ok.

Un assistant descend à son tour dans la morgue avec les résultats des examens. La coroner lit le document et dit : l'adolescent avait de la drogue dans le sang.

Rivage regarde la photo prise par Copperfield et dit : c'est vraiment parfait. La coroner jette un oeil et ajoute : oui, ça rend vraiment super bien.


2

Collège de Myriad Pro, le lendemain matin.

Rivage interroge une enseignante pendant que Copperfield regarde les trombinoscopes. Rivage dit : j'ai toujours été nul en français. L'enseignante dit : c'est une langue difficile. Copperfield dit : ah, voilà, c'est lui ! Il pointe un visage sur la photo de classe de la 5C. La tête de l'adolescent dépasse au troisième rang.

Rivage s'approche et dit : oui, c'est lui.

L'enseignante s'approche et dit : alors c'est donc lui. Il y a un court silence puis Rivage dit : eh oui, c'est lui.

Rivage dit : vous le connaissiez ? L'enseignante répond : non, c'était un élève sans histoire. Des notes correctes, une vie de famille stable. Copperfield note adolescent sans histoire.

Maison des parents de l'adolescent, trois heures plus tard.

Le quartier résidentiel est désert. De tête, Copperfield calcule environ 5 kilomètres entre le champ où on a découvert l'adolescent et sa maison.

Rivage dit : je commence à avoir faim. Le père a préparé un boeuf bourguignon. Rivage regarde l'intérieur de la marmitte et dit : ça a l'air appétissant. Le père dit : oui, c'est ma spécialité.

Rivage dit : bon, on n'est pas là pour ça.

Dans le salon, la mère est effondrée. Copperfield note le père est effondré intérieurement et cuisine sa spécialité pour compenser le manque.

Rivage dit : vous savez qui aurait pu en vouloir à votre fils ? Entre deux sanglots, la mère dit : non, c'était un fils sans histoire, mais Rivage ne comprend pas très bien ce qu'elle dit à cause de ses reniflements. D'entendre sa femme pleurer, le père aussi se met à pleurer au dessus de la marmitte de boeuf bourguignon. Rivage est désolé pour eux. Il demande s'ils peuvent regarder sa chambre. Le père les accompagne en silence.

La police scientifique est déjà passée par là. Rivage se prend les pieds dans une banderole accrochée à quelques centimètres du sol et tombe directement sur la table de chevet. Il dit : putain de bordel de merde. En se relevant, il fait tomber un genre de porcelaine qui se brise sur le sol. Il répète ce qu'il a dit juste avant.

Copperfield dit : Rivage, regardez.

À l'intérieur de la porcelaine, un morceau de papier enroulé.

Rivage l'ouvre et lit en silence ce qui est écrit dessus. Copperfield dit : alors ? Rivage lui tend le papier. Copperfield le lit en silence puis le recopie BANJO BEGS FOR PLENTY OF EGGS.

Rivage dit : j'ai toujours été nul en anglais.


1

Rivage est sur une nouvelle affaire.

Une voiture arrive de face, qu'il conduit. Nationale 71. À la radio, Love is the Devil. Dans le pare-brise arrière : pylônes, câbles, ciel avec beau dégradé orange et noir.

Sur le siège passager, Copperfield.

La voiture s'arrête sur un remblais. Rivage et Copperfield descendent. Ce qu'ils voient : un champ en jachère et des herbes hautes. Ce qu'ils voient après avoir marché 5 minutes dans le champ : un corps.

L'affaire est macabre, c'est un crime. Le corps, un adolescent.

Copperfield note terre encore meuble.

Rivage dit à Copperfield : hier, à la télé, il y avait un super film. Copperfield lui demande lequel. Rivage dit : un genre de western, vraiment excellent. Je pense qu'il faut l'avoir vu au moins une fois dans sa vie. Copperfield note regarder plus souvent la télé.

Copperfield prend des photos du corps. Rivage s'essuie le front. Copperfield note mort par suffocation. Rivage s'aperçoit qu'il ne sue pas.

Rivage dit : merde, j'ai dégueulassé mon jean. Copperfield regarde le jean de Rivage et voit une tache marron au niveau du genou gauche. Copperfield dit : il faut bien frotter avec du savon et de l'eau froide. Rivage mouille son doigt de salive et tente sa chance. Copperfield le regarde.

Copperfield dit : parfois, il vaut mieux ne pas insister.

Rivage regarde sa montre. Copperfield pense qu'il attend des renforts. Le soleil se couche. Rivage met sa torche dans sa bouche pour garder les mains libres. Il éclaire directement le visage de l'adolescent. Copperfield dit : attention à ne pas l'éblouir. Rivage se retourne et éblouit Copperfield. Il se marre et fait tomber la torche de sa bouche. Elle roule dans l'herbe et tape contre une roche pleine de sang.

Copperfield note l'arme du crime est une roche. Rivage dit : c'est fou ce qu'il y a comme bordel par ici, et il jette la roche un peu plus loin dans le champ. Ils la perdent. L'arme du crime est une roche.

Rivage sort son téléphone et appuie sur les touches. Copperfield dit : vous appelez des renforts ? Rivage dit : non, je joue. C'est une sorte de remake de Tétris. Je suis accro mais nul à chier. Copperfield regarde l'écran. Il dit : vous auriez dû mettre la brique à droite. Juste après, Rivage perd et dit : putain, tu m'as déconcentré.

Une voiture passe à côté du champ et ralentit à leur hauteur. Le conducteur les regarde sans doute. Copperfield lui fait un signe de la main. Le conducteur baisse la vitre passager et gueule : qu'est-ce que vous foutez ? Rivage gueule : on est sur une affaire de meurtre. Le conducteur gueule : merde, c'est grave ? Rivage gueule : ouais, assez, c'est un ado. Le conducteur gueule : bon ben bonne chance alors, puis il remonte la vitre passager et part d'un coup à 150 km/h.

Rivage dit : sympa ce type. Copperfield acquiesce.

Rivage dit : bon, on va pas non plus rester là toute la nuit. Il pense à son jean.

Détail important : l'adolescent est à moitié nu. À l'intérieur de sa cuisse gauche, un tatouage de couronne qui a suppuré.

Copperfield note couronne = meurtrier.


C'est à la télévision que j'en ai entendu parler pour la première fois. J'ai pris le reportage en cours de route et j'ai été forcé d'assembler correctement les informations au fur et à mesure. Les images n'étaient pas de très bonne qualité, comme si le caméraman filmait avec un Sony Ericson de 2008. La journaliste était à quelques rues de chez moi, devant le portail du collège par lequel j'étais passé il y a 4 ans. Entre-temps, l'administration avait fait des travaux et repeint le portail d'entrée. La journaliste paraissait bizarrement agitée, comme s'il se passait quelque chose de macabre dans son dos. Le caméraman aussi était agité, et l'image tremblait un peu dans tous les sens ; ils semblaient tous les deux confus et essouflés. C'était peut-être la première affaire de ce genre qu'ils avaient à couvrir. À force, j'ai donc compris qu'il s'agissait d'un meurtre. Il venait d'avoir lieu, à peine 10 minutes plus tôt, d'après la journaliste. Elle a ensuite demandé au caméraman de filmer à côté du portail, sur le sol, comme pour témoigner du meurtre qui venait d'avoir lieu, mais le trottoir était vide. Il n'y avait ni traces de sang ni débris. Elle a voulu interroger un passant, qui lui a dit n'avoir rien à déclarer. Le collège devait être vide car on n'entendait aucun cri venir de la cour. Si je ne connaissais pas si bien les lieux, j'aurais même cru que le collège était abandonné, ou qu'il s'agissait d'une sorte de dépôt municipal. Parfois le caméraman filmait les pieds de la journaliste. Elle a précisé que la police recherchait toujours le meurtrier, et qu'aucune piste n'était privilégiée. Elle a conclu en disant que l'enquête suivait son cours. Depuis, partout où je cherche, je ne trouve aucune trace de ce crime.


Suite à l'épisode 8x03 de GoT : beaucoup ne comprennent pas pourquoi le Night King meurt de la dague d'Arya Stark. La série souffre depuis quelques saisons d'énormément de facilités scénaristiques, de dialogues creux et de raccourcis (c'est une série qui, je le pense, est mal écrite). Pourtant, cette mort est selon moi un des seuls choix stratégiques possibles.

À 4 moments dans l'épisode, il est explicitement montré que le face à face ne mènera à rien : 1) la charge des dothrakis aussitôt réduite à nénant 2) l'insensibilité du Night King au feu des dragons 3) le refus du Night King d'affronter Jon Snow en duel en lui barrant la route avec les morts 4) l'attaque interminable de Viserion contre Jon Snow dans Winterfell. En somme : il n'est pas possible d'affronter l'antagoniste principal en 1VS1 selon les règles traditionnelles, car même le premier concerné ne le souhaite pas.

Le combat est désespéré, et dès le départ il devait être perdu : logiquement, aucun protagoniste dans la mêlée ne pouvait survivre (je pense à Jaime, Brienne, Podric, Sam, Ser Davos ou Thormund). La ruse devait prendre le dessus.

L'erreur principale à mon sens est que dans la diégèse, les personnages principaux (donc : stratèges) ne comprennent pas cela. L'atout essentiel qu'est Arya devrait scintiller comme un objet clé dans Zelda, et l'assassinat du Night King s'imposer comme une des seules portes de sortie possibles. Pourtant, les scénaristes ont décidé de nous l'imposer comme un effet de surprise.

Tout fait d'Arya l'assassin idéale à cet endroit : connaissance pointue du lieu, qui est son territoire d'enfance, capacités de dissimulation prodigieuses (cf. assassinat de Waldrey Frey et de ses hommes), avantage dans l'obscurité (cf. la scène une ou deux saisons plus tôt où elle coupe une chandelle), inconnue des ennemis (n'a jamais fait face au moindre WW), efficacité au corps à corps (cf. combat d'entraînement contre Brienne), etc.

Beaucoup de spectateurs attendaient à mon sens un affrontement semblable à celui de l'épisode Battle of the Bastards, sans prendre en compte que Ramsay Bolton est un personnage égocentrique à l'extrême qui recherche justement le face à face. Et la résolution jouissive de ce combat ne pouvait s'appliquer au Night King, qui semble uniquement intéressé par son but : The Tree-eyed Raven.

S'il y a donc bien des problèmes à cet épisode (notamment : une stratégie militaire déplorable, des personnages principaux immortels, un manque d'approfondissement des WW), l'étrange n'est pas qu'Arya Stark tue le Night King, mais que personne n'y a vraiment pensé autour d'elle.


Évidemment, il y a un monde dans lequel je n'écris plus. C'est celui que je vis en ce moment. Souvent je me demandais : est-ce qu'un jour j'arrêterai d'écrire ? Je pense que la réponse est oui, ouvertement oui, quand on voit tout ce qu'il y a à faire à côté, je me dis que viendra un moment où l'écriture ne fera plus partie de moi. Je n'aurai pas tout écrit pour autant, mais je n'aurai simplement pas trouvé le temps/l'énergie/le moment pour. Les choses, même les plus intimes, s'arrêtent souvent comme ça, parce qu'il y a autre chose à faire à côté. Je n'ai pas de temps à y consacrer, tout me semble trop complexe. C'est qu'écrire ne convient plus, ne s'impose plus.

2 sites de création littéraire à consulter : Cartridge Lit et Surfaces.

« Je n'aime pas
mon propre visage
dans les petits miroirs des distributeurs à pièces
devant les magasins fermés. » – Charles Reznikoff, Çà et là (trad. T. Gillyboeuf).


Je m'inquiète de voir sur Youtube les discours sexistes, racistes et pro-armes se développer et se répandre auprès d'un public toujours plus nombreux (et jeune), promeut par des animateurs qui se révèlent finalement être de la pire des races. C'est un média qui se développe vite, et qui était encore relativement inoffensif jusqu'à il y a trois ou quatre ans, car surtout occupé à développer financièrement sa stabilité. Aujourd'hui, untel, qui publie du contenu autour de la bande-dessinée et la permaculture, défend l'utilisation des armes à feu parce que la police n'arrivera jamais à temps. Telle équipe esportive dont les membres revendiquent être des "mâles alpha", et qui harcèlent massivement des femmes en ligne, sans aucune notion de leur audience. L'article de Numerama publié dernièrement est éclairant à ce sujet. On parle de millions de personnes touchées par ce discours. Là où les médias traditionnels minimisent la portée des youtubeurs, je crois au contraire qu'il y a une prise de conscience forte à avoir, car aucun contre-pouvoir équivalent n'existe sur cette plateforme. Il n'y pas de contre-pouvoir du tout sur Youtube. De l'animation, on touche désormais aux orientiations politiques et sociales, particulièrement inquiétantes.

Je ne sais pas pourquoi j'écris ça. Je me disais simplement : ça se répand, et ça m'inquiète.


avec mon boys band
on sortirait des clips
à 400 millions de vues
sur youtube
qui proneraient
la tolérance
et la confiance en soi
on deviendrait
millionaires
tout en restant
humbles
et je pourrais vivre
à seoul
dans 15m2
avec mon ordinateur
30 cartons
de ramens
et une panoplie
de costumes
gucci
je serais bien tranquille
et sans doute
dépressif


si quelqu'un
était responsable
de mon image
de marque
j'aurais des chemises
à imprimé dragon
des blazers fuschias
et des cheveux
bleus

je vivrais comme dans
une cinématique
de final fantasy X


J'écris en ce moment un livre intitulé FUTUR MAITRE DE LA LIGUE POKEMON.

Le site de Théo Robine-Langlois.

« Quand je me suis mis à la poésie,
je l'envisageais comme un art.

Plus tard dans ma vie,
j'ai commencé à rejeter
cette idée.

Et aujourd'hui,
ça m'est égal. » – Guy Bennett, Poèmes évidents (trad. F. Forte).


Je lance une nouvelle partie pour me construire une maison en bois près d'un cours d'eau. Le soir quand la nuit tombe je n'entends plus un bruit. Les arbres ne bougent pas, il n'y a aucun oiseau. Je me dis que le mouvement, c'est la mort.

Sur la route 106, je rencontre un ornithologue. Il me demande d'où je viens puis me provoque en duel. Après l'avoir vaincu, il me dit que ma vie ne l'intéresse pas et me donne 100 pokédollars.

Je pêche et fais du vélo dans des villes où je ne connais personne.

Certaines routes sont bloquées par des gardes-frontières. Je dois affronter tout le monde. Chaque lieu où j'arrive est autant d'adversaires à dominer.

Je n'ai pas d'amis, et pas revu ma mère depuis si longtemps. Je n'ai pas de maison. Je ne dors pas la nuit.

Je me pose énormément de questions. Rien ne m'a jamais paru évident. Je cherche la façon de dire quoi dire. C'est épuisant de toujours tout recommencer à zéro. Tout me semble facile et sans relief. Chaque mot vaut l'autre et chaque phrase répète la même idée. S'il y a de la beauté, elle ne paraît pas. S'il y a du sens, il ne s'impose pas. Tous les univers se fondent dans une même logique uniforme. Je voyage entre plusieurs couches qui toutes, désormais, se rassemblent. La littérature est chose morte.


Le problème c'est qu'on peut tout écrire, et n'importe comment. On peut tout écrire comme ça, la même histoire, cent soixante trois fois différentes. Comment choisir la bonne, ou plutôt, comment en choisir une.

un des garçons du forum m'a contacté par message privé pour me dire qu'il avait des preuves de la mort d'arthur. on lui avait proposé de participer au rituel sacrificiel dont il a été victime. beaucoup de garçons se réunissent comment ça et célèbrent les morts d'autres garçons choisis au hasard.

on tourne un clip pour le premier single de notre groupe DREAMORAMA. le réalisateur fait des gros plans de moi en train de jouer de la guitare et de pete à la batterie. pete est obligé de répéter plusieurs fois les mêmes mouvements pour avoir tous les plans nécessaires. je regarde pete jouer et le réalisateur le filmer. j'ai arrêté de jouer de la guitare. les techniciens ne disent rien parce que le réalisateur a l'air plus concentré que jamais sur le jeu de pete qui concentre toute l'attention. je ne l'ai jamais vu comme ça. on dirait qu'il est dans une autre dimension, qu'il vient de nulle part. il joue avec des baguettes en métal qui défoncent le tissu de ses caisses. le réalisateur est à 5 cm de ses mains. sur un très grand écran derrière les techniciens je vois les mains en sang de pete et les baguettes de métal qui lui rentrent dans les paumes. on dirait les prolongements de ses os comme s'il était devenu une espèce de machine. je ne sais pas si le clip sera très bon ni combien il fera de vues sur youtube. notre manager nous a dit qu'on avait une date dans trois mois au japon. apparemment là-bas ils sont fans de notre musique et notre single se vend à des millions d'exemplaires. ils appellent pete THE MACHINE. les japonais ont toujours eu un truc pour les robots. on va devenir des stars.


j'ai découvert un nouveau passage au niveau 3 de banjo-kazooie. je l'ai trouvé en longeant les murs, après m'être longtemps cogné. sur internet personne n'en parle. peut-être que je suis le premier à l'avoir trouvé. sur les forums les autres joueurs disent qu'il y a un passage dans le jeu pour sortir du jeu, passer du niveau 3 à un autre endroit qu'ils ne savent pas expliquer. je pense qu'ils parlent de ce passage. j'ai demandé aux garçons du skatepark s'ils en avaient entendu parler mais ils ne jouent pas à banjo-kazooie. ils jouent à resident evil. ce n'est pas le même type d'univers.

hier soir sur le forum quelqu'un s'est fait passer pour arthur. il a écrit un très long témoignage dans lequel il explique comment les inconnus se sont organisés autour de l'école pour les enlever et les torturer dans des caves loin des regards. il a donné les noms des prochains élèves qui seront enlevés si personne ne fait rien. il y avait mon nom dans la liste, et d'autres noms barrés, comme pour annuler la malédiction. rien n'arrête les inconnus. même dans sa grotte à soi on est à eux. il y avait des vidéos par anticipation des prochaines victimes moi compris. c'est étrange de se voir enlevé dans la vidéo, et mort ensuite, c'est-à-dire hors-champ. en dehors du cadre l'absence est éternelle. je pense à steve qui ne donne plus signe de vie et qui doit pourtant filmer toutes ces nouvelles vidéos de moi et des autres. je ne sais pas à quoi il joue. peut-être qu'arthur, steve et les inconnus ne sont qu'une seule et même personne. celui qui se fait passer pour arthur a écrit un autre post sur le forum. il dit aux menteurs de se dévoiler et de donner leur identité. il y a des garçons qui donnent leur vrai nom.

« Il y aura des geysers, il y aura des plans-séquences. On tournera ici, on aura des fonds verts et des monstres en 3D. Ce sera grand, tellement plus grand que nous. » – Guillaume Vissac, Accident de personne.

« I rode the train to the beach and spent twenty hours looking at waves.

I would imagine I have butchered 30. Imagined a papermissile in the void. » – Mike Kleine, Lonely Men Club.


j'ai pris l'habitude de revenir voir les garçons du skatepark la nuit. ils écoutent toujours les mêmes albums en boucle. parfois il y a des phares au loin qui les éclairent un peu et les gênent. il y en a toujours un qui met sa manche devant son visage, comme pour éviter qu'on le reconnaisse. il m'a dit que c'était un inconnu, mais je ne le crois pas. les inconnus ne se déplacent pas en voiture, et pas en dehors des hautes herbes. sous la rampe ils jettent leurs cadavres de bières et les emballages des pétards qu'ils craquent. ils m'ont dit que kurt cobain s'était suicidé en s'enfonçant une lame dans la gorge, mais je ne les ai pas crus. je ne sais pas si je veux faire partie de leur bande, ni pourquoi je reviens les voir. je ne les ai jamais vus à l'école. ils viennent peut-être d'une ville voisine. l'un d'entre eux a sorti son téléphone et se met à filmer son ami qui fait quelques figures. je vois sur son écran qu'il filme en gros plan le visage et surtout la sueur qui semble se former sur le haut de la lèvre et sur le front. il suit de très près la peau qui brille blanc. je crois qu'il sait que je le surveille et qu'il veut me montrer ça, indirectement. il ne s'intéresse pas du tout aux figures de skate. le dernier des trois est resté assis et regarde le noir autour de nous. à un moment il s'allonge sur le dos comme pour regarder les étoiles mais le ciel est plein de nuages et je pense qu'il ne voit rien. il me demande si j'ai déjà vu la lune le jour, qu'elle forme comme une nouvelle planète et transforme la terre en autre planète également. ensuite quand il se redresse il est comme dans une réalité parallèle, où ses amis ont les mêmes visages mais n'ont pas les mêmes noms. il me dit qu'à chaque fois, chaque soir, c'est comme une nouvelle vie pour lui. il me dit de me méfier des vidéos et de ceux qui les filment. si on filme trop longtemps les autres, on se perd dans l'oeil qui veille. j'apprends ensuite qu'il était ami avec arthur, qu'il venait parfois avec eux au skatepark. il y restait toujours beaucoup plus longtemps que les autres, tout seul. ils pensent qu'il voyait quelqu'un, pas de façon amoureuse, mais simplement pour la rencontre. d'autres personnes viennent plus tard dans la nuit, qu'il vaut mieux ne pas rencontrer.

j'ai reçu un autre message de steve, sans texte cette fois, seulement avec une nouvelle vidéo d'arthur. il est attaché dans une cave et il saigne au niveau du torse, des épaules et des chevilles. on ne voit pas son visage qui fixe le sol. il est à moitié nu mais les ombres lui font des vêtements. j'ai l'impression d'avoir déjà vu cette vidéo, qu'un inconnu me l'a montrée dans ma grotte il y a plusieurs semaines. je ne sais pas si arthur est toujours vivant ou si c'est une archive de ses derniers instants. le message de steve est daté d'hier mais pour la vidéo, je ne sais pas. je sais où est la cave. je sais qui la possède. si steve m'a envoyé ce message, ce n'est pas par hasard. j'ai montré la vidéo aux garçons du skatepark, mais ils n'ont pas voulu la regarder jusqu'au bout. ils préfèrent ne pas savoir ce qui est arrivé à arthur, pour ne pas que ça leur arrive à eux aussi. ils me mettent en garde car steve a mauvaise réputation, et il pourrait être complice. ils pensent que steve n'a pas disparu mais plutôt qu'il filme toutes ces vidéos pour son plaisir, comme pour envoyer un avertissement. sur mon ordinateur j'ai de plus en plus de vidéos filmées par steve. j'ai rangé le premier dossier de ses vidéos sur un disque dur externe et je l'ai renommé STEVE VEILLE. j'ai peur qu'on me le vole et je ne dirai pas où je l'ai caché. quand je suis à table avec mes parents je pense à ce disque dur et je n'entends pas ce qu'ils me disent. je vois le disque dur dans ma tête et je me répète STEVE VEILLE encore et encore jusqu'à ce que je reprenne conscience, allongé dans un lit qui n'est pas le mien, dans une maison que j'ai parfois vue à la télévision.

j'ai aperçu mon père en train de discuter avec un autre homme que je ne connaissais pas. ils se sont échangé plusieurs bouts de papier. l'autre homme regardait souvent autour de lui, comme s'il avait peur qu'on le surprenne. il était agité et faisait de grands gestes. j'ai filmé la rencontre avec mon téléphone, et je me la repasse parfois au ralenti. je reçois un nouveau message de steve avec une vidéo. on m'y voit en train de filmer mon père et l'autre homme. j'ai un visage satisfait qui trahit le plaisir que j'ai pris à les espionner. je remarque que mon père est en copie du message de steve et qu'il doit être en train de regarder la vidéo de son côté en même temps que moi. deux minutes plus tard, mon père envoie un message à steve en le remerciant pour la vidéo. il est content de savoir qu'arthur est en vie, il pourra prévenir ses parents, qui sont aussi ses amis. le soleil frappe très fort à travers la vitre et je ne vois plus l'écran de mon ordinateur. j'ai chaud et enlève mon sweat. mon père est dehors en train de tondre la pelouse. je ne sais pas qui a répondu à steve avec l'adresse de mon père. quand le soleil arrête de taper sur l'écran, je m'aperçois que c'est moi.

« Inspecteur P quitte son poste d'observation son arme à la main, il tombe nez à nez avec le costard blanc et son acolyte chauve armé d'Uzis, s'ensuit une fusillade en mode GTA. » – Théo Robine-Langlois, [...].


deux jours plus tard, j'ai reçu un message de steve sur mon ordinateur. il me disait qu'il ne pouvait pas me parler. je suis soulagé qu'il soit en vie. il m'a dit qu'il avait retrouvé arthur, mais qu'il était dans un sale état. il m'a demandé si j'avais retrouvé la cassette. si je ne la retrouve pas, quelqu'un d'autre la retrouvera. il m'a dit de me méfier de tout le monde à l'école, et de ne plus traîner devant le portail après les cours. avec son message il y avait une vidéo de moi en train d'attendre devant le portail, filmée de très loin, derrière des arbres de l'autre côté de la rue. le lendemain j'ai essayé de retrouver l'endroit d'où on m'avait filmé, et je filmais les autres élèves qui restaient devant le portail à parler. le soir, quand j'ai regardé la vidéo, j'ai remarqué que tous les élèves filmés me fixaient avec un regard de meutrier. j'ai supprimé la vidéo mais parfois j'y pense dans mon sommeil et je me réveille en sursaut. je marche dans la maison pour retrouver mon calme et j'ai l'impression qu'il n'y a personne dans la chambre de mes parents. je reste assis dans la cuisine. une fois j'ai senti qu'on m'appelait à l'extérieur. je suis sorti dans la rue la nuit il n'y avait aucune voiture. j'habite un lotissement à l'écart de la ville où seuls les gens dorment. je devais rejoindre quelqu'un mais je ne savais pas qui. j'ai marché jusqu'au skatepark. trois garçons étaient assis en haut d'une rampe. au début ils ne m'ont pas parlé. je pense qu'ils ne m'avaient pas vu. je ne comprenais pas bien ce qu'ils faisaient, s'ils lisaient un magazine ou autre chose du genre. je me suis approché et j'ai vu qu'ils regardaient une vidéo sur leur téléphone. c'était la vidéo que j'avais filmée devant le portail de l'école. ils m'ont dit qu'ils savaient que je les espionnais après les cours. tout était noir autour du skatepark et un seul lampadaire éclairait la rampe. ils écoutaient le premier album de placebo.

« VLADILEN : J'ai peur des nuits où je rêve que je ne dors pas et toute la nuit la durée du rêve est la durée de la nuit où je ne dors pas et c'est interminable. » – Stéphane Bouquet, Vie commune.


depuis plusieurs jours steve ne répond plus quand je l'appelle. j'ai peur qu'il ait disparu dans sa grotte ou qu'il se soit fait enlever par un inconnu. à la télé ils parlent beaucoup de jeunes de notre âge qui disparaissent dans des voitures ou sur les bords des routes, dans des forêts ou dans les villes. peut-être qu'arthur s'est fait enlever lui aussi. sur des vidéos on voit des lieux où avant il y avait des jeunes et maintenant il n'y a plus rien. dans des skate parc ou des cinémas. j'ai vu une fille de laquelle j'étais amoureux me dire qu'un ami à elle avait disparu et que depuis elle le pleurait tous les soirs. elle relit les conversations qu'ils avaient sur leur ordinateur et elle pleure, c'est ce qu'elle m'a dit. elle a cru le voir un soir en rentrant de l'école, à l'intérieur d'une voiture, mais ce n'était pas lui. peut-être que dans deux ou trois jours les parents de steve alerteront la police mais il sera déjà trop tard parce que la police ne peut rien contre les inconnus. elle leur court après mais ils sont dans les hautes herbes et on ne retrouve rien ni personne dans les hautes herbes. il y a quelques temps steve m'a envoyé une vidéo dans laquelle on le voit en train de suivre arthur dans la rue. steve filme arthur avec son téléphone. il sait peut-être où il a disparu. vers la fin de la vidéo, arthur discute avec un inconnu et steve les filme caché derrière un mur. l'inconnu a compris que steve les filmait lui et arthur mais il discute comme si de rien n'était. arthur a l'air stressé parce qu'il se ronge les ongles et qu'il passe d'une jambe à l'autre comme s'il voulait aller aux toilettes. l'inconnu lui tend une cassette et arthur la range aussitôt dans sa poche. steve n'est plus derrière le mur. je ne sais pas ce que steve veut que je voie. peut-être retrouver la cassette. je ne sais pas où arthur l'a cachée. je pense qu'arthur est mort.


steve m'a montré des vidéos sur son ordinateur. c'est des vidéos de chez lui la nuit dans la chambre de ses parents ou dans la cuisine. il m'a dit qu'il avait trouvé des caméras qui étaient déjà dans les murs de sa maison et qu'il les avait branchées sur son ordinateur. les caméras enregistrent tout. il y a d'autres vidéos où on voit steve en train de fixer la caméra dans sa chambre, mais celles-là il ne me les a pas montrées. à un moment dans la chambre de ses parents une grotte s'ouvre dans le placard où ils rangent leurs vêtements. il y a un inconnu qui en sort et qui s'allonge à côté d'eux. steve avait l'air vraiment excité de voir l'homme s'allonger entre ses parents comme si c'était un troisième parent. derrière il y avait la grotte et son entrée noire comme la nuit ou comme une bouche. ensuite je ne sais pas pourquoi la vidéo s'arrête et steve me dit qu'il n'a pas le droit de me montrer la suite. steve aime bien se vanter de ce que je ne vois pas. en cours les professeurs ne lui demandent jamais rien. un jour arthur a vu qu'il dessinait des visages sur ses feuilles. après, arthur n'est plus jamais revenu à l'école et on nous a dit qu'il avait déménagé. moi je pense qu'il a eu peur des visages dessinés par steve et qu'il en faisait des cauchemars. même s'il a déménagé, il doit voir les visages dans son sommeil et je pense qu'il mourra bientôt. dans une autre vidéo, on voit steve prendre du jus d'orange dans le frigo et le boire au goulot d'une traite. après il jette la bouteille en plastique sur le sol et il quitte la pièce. sa mère arrive dix secondes plus tard et ramasse la bouteille pour la jeter à la poubelle. steve m'a montré plusieurs fois cette séquence mais je n'ai pas bien compris ce que je devais y voir. au bout de la septième fois, il m'a dit de regarder l'heure en haut à droite de l'écran, et là j'ai remarqué qu'entre le moment où il jetait la bouteille sur le sol et celui où sa mère la mettait à la poubelle, il se passait cinq mois.

à la télé ils ont dit que la police avait retrouvé le tueur de l'homme devant l'école. ils ont montré sa photo à l'écran mais son visage ne me disait rien. il est toujours en cavale. je pense qu'il s'est caché dans sa grotte à lui ou dans les herbes hautes et qu'on ne le retrouvera jamais. le lendemain steve m'a dit que la télé mentait et il m'a montré le vrai visage du tueur. il m'a dit qu'il connaissait son vrai visage depuis longtemps parce qu'il le hantait dans son sommeil. il m'a montré d'autres vidéos dans la ville où on voit le tueur marcher autour du plan d'eau ou faire le plein de sa voiture ou attendre sur le parking du supermarché. steve m'a dit aussi qu'il avait découvert un passage dans la cave taupiqueur qui relie argenta à carmin-sur-mer, mais qu'il ne peut pas me dire où il mène. selon lui le tueur connaît aussi ce passage et c'est par là qu'il s'enfuit pour échapper à la police. dès qu'il a tué l'homme devant l'école il a pris ce passage et depuis plus personne ne peut le retrouver. steve me dit qu'il le rencontre parfois dans la cave, mais qu'il ne le dénoncera jamais.


steve a plusieurs CD avec des grottes enregistrées qu'il a rangés dans sa chambre. il m'a dit que parfois il croisait des inconnus qu'il ne devrait pas croiser, dans les grottes ou dans les hautes herbes. il m'a dit que c'était comme dans pokémon quand les dresseurs veulent te combattre, sauf qu'ils essaient de te tuer. je crois que steve va beaucoup plus que loin que moi dans son exploration des grottes et de l'univers qui les entoure. c'est parce que ses parents le laissent libre. je pense que steve est seul et que les grottes sont comme un refuge pour lui. un jour il disparaîtra et je saurai qu'il est dans une grotte pour toujours. steve sait ce qu'il cherche. on ne peut pas en même temps appartenir à la grotte et continuer sa vie. il a déjà essayé d'avoir plusieurs grottes en même temps mais d'autres inconnus lui ont dit que c'était interdit alors il a condamné les grottes avec des éboulements. les inconnus étaient vraiment en colère contre steve et il m'a dit qu'il ne pouvait plus dormir. ils lui laissaient des messages sur son ordinateur avec des têtes de mort et des pendus. ensuite les choses se sont calmées mais steve m'a dit qu'il ne dormait toujours pas la nuit. tous les jours en classe je le vois qui essaie de dormir sur sa table. il est pris de convulsions qui montrent qu'il se bat contre des inconnus dans son sommeil. quand il se réveille on dirait que ses yeux ont été creusés hors de son crâne. parfois je l'appelle par son nom et c'est quelqu'un d'autre qui me répond. j'ai peur que steve soit perdu depuis longtemps dans une grotte condamnée par un éboulement. parfois je me dis pauvre steve, où t'es-tu perdu. ensuite il m'invite à jouer chez lui et j'oublie qu'il a disparu.


plus tard je mettrai ma grotte sur ordinateur et il faudra un mot de passe pour y entrer. sans mot de passe c'est comme si les grottes étaient des rues et tout le monde peut y faire n'importe quoi. dans les rues il y a beaucoup de vent et des gens qui vous regardent comme si vous étiez un monstre. il y en a qui piratent les grottes des autres parce qu'ils n'ont pas de maison à eux. mon mot de passe aura quatorze lettres et onze chiffres. mon ami qui a un ordinateur ne vient plus à l'école parce que sa vie dans la grotte lui suffit. ses parents ne lui disent rien. quand je viens chez lui sa mère nous apporte le goûter et ensuite je ne la revois plus. son père est absent. il m'a dit qu'il avait essayé de créer son père dans l'ordinateur mais qu'il avait créé un inconnu qui essayait de l'étrangler. il m'a dit que les pères dans l'ordinateur étaient des monstres, et qu'il ne fallait surtout pas les laisser s'échapper. dans un livre de poésie il a lu que les monstres étaient des illusions avec une aura. parfois dans ma grotte je sens l'aura des monstres qui sont des illusions. mon mot de passe serait m417r3d351llus10n5. en piratant les grottes des autres on risque la mort comme l'homme qui a été tué de deux balles dans la tête. c'est une sorte de châtiment. dans le désert les sables mouvants punissent les imposteurs. c'est pour ça qu'ils sont aussi vides. moi je n'ai rien à cacher. par les ordinateurs on peut écrire des choses qui ne doivent pas être dites. comme dans les grottes on peut faire passer des messages en souterrain. sur les écrans les images sont comme des mots. on peut tuer à travers les ondes propagées par les ordinateurs. c'est comme ça que l'homme est mort tué de deux balles dans la tête. les balles étaient des métaphores des ondes invisibles et elles ont explosé son cerveau. il n'y a pas d'ondes dans les grottes. il y a des ondes dans les rues. les rues ne sont que des ondes qui tuent. mon ami avec un ordinateur s'appelle steve. moi, je n'ai pas de nom.

« On réclame des fictions qui nous guérissent du vertige du non-sens en articulant le réel dans une aimable cohérence (la cohérence temporelle de la narration, par exemple : linéarité banale des romans sans âge ou délicieux dédale « moderniste » mixant les époques avant de les réajuster au coup de sifflet de l'échéance finale). » – Christian Prigent, Une erreur de la nature.


aujourd'hui on est rentré plus tôt de l'école. à la télévision il y a un homme qui est mort de deux balles dans la tête. l'école n'était plus en sécurité. je suis rentré chez moi et sur le chemin je n'ai croisé aucune voiture. j'ai regardé pokémon et je me suis endormi. dans mon rêve je découvrais une grotte et je marchais dedans. sur les parois la roche était friable et j'ai eu peur de mourir enseveli. il y avait un bruit très fort qui m'attirait vers le fond de la grotte mais j'avais peur de découvrir ce que c'était. dans mes rêves les grottes ne sont pas exactement comme dans la réalité. il n'y a pas de grotte à côté de chez moi. parfois quand je suis dans la grotte j'ai l'impression qu'elle peut disparaître. quand je tape les parois j'ai mal au réveil. si la grotte disparaît je peux mourir. dans pokémon, il y a des pokémons qui partent et que personne ne revoit jamais. il y a des pokémons stockés dans des ordinateurs qui parfois restent là pour toujours. mon père ne veut plus que je retourne dans la grotte. ma mère n'a pas d'avis sur la question mais parfois quand elle dort je la regarde et sous ses paupières fermées je reconnais la grotte qui est notre refuge à tous. mon père pense que la grotte est une malédiction qui pèse sur notre famille. moi je ne pense pas, je pense que c'est un don. dans banjo-kazooie, on peut mourir à cause du désert et des sables mouvants. dans la réalité aussi. j'ai un sac à dos que j'emporte toujours avec moi. il y a des choses dedans que personne ne soupçonne. si on va assez profondément dans la grotte on peut deviner ce qu'il y a dans mon sac. ma maison est rouge comme si le soleil s'était écrasé dessus. l'homme qui a été tué je l'ai croisé plusieurs fois dans la grotte avant sa mort. il ne me parlait pas et n'avait pas de visage mais je l'ai reconnu. dans la grotte il y a beaucoup de personnes différentes qui viennent pour des raisons qui ne me regardent pas. parfois je leur donne mon goûter si elles sont affamées et elles me remercient. je n'ai pas envie de leur faire de la peine. je n'ai jamais croisé ma mère dans la grotte parce que je crois qu'elle ne marche pas dans la même grotte, qu'elle a une grotte à elle que je ne pourrai jamais visiter. mon père non plus ne pourra jamais la visiter. dans pokémon, on ne voit rien à l'intérieur des grottes, parce qu'il n'y a pas de lumière, et pas de fenêtres. une maison c'est une grotte avec des fenêtres et des cartons au sous-sol. après la grotte il y aurait un donjon, mais je ne l'ai pas encore découvert. un ami à moi a découvert un jeu dans lequel il peut modifier l'intérieur d'une grotte et il y joue chaque soir sur son ordinateur. il ne m'a jamais laissé y jouer parce qu'il dit que chaque partie est personnelle. si j'avais un ordinateur je pourrais jouer moi aussi. dans les ordinateurs il y a des milliards de grottes personnelles que personne ne verra jamais et qu'on peut modifier. autour de ma grotte il y a des herbes hautes mais je n'ai jamais eu le courage de m'y aventurer. parfois d'autres personnes en sortent et elles ont l'air épuisé et terrifié. la grotte n'est pas une métaphore, c'est une vraie grotte. quand je dis que ma maison est rouge, ce n'est pas une métaphore non plus. si j'étais assez riche et intelligent je construirais ma propre grotte sur ordinateur et il n'y aurait pas d'herbes hautes autour, seulement des déserts. mon ordinateur deviendrait ma réalité et je n'aurais plus jamais de soucis.


J'ai finalement pris la décision de ne pas publier Rivage au rapport ; le texte ne me semble ni bon ni abouti (état actuel). J'ai beaucoup écrit ces derniers mois, Jimmy Arrow, La Ferme des mastodontes, SPEEDBOAT, et sans doute que mes objectifs ont changé entre-temps, lentement, sans que je m'en rende compte. Je me sens moins dans l'urgence également, et la publication semble moins nécessaire. Il y a encore du travail à fournir, des livres à lire. On finit toujours pas dire ce qu'on a à dire ; parfois c'est outre-tombe. Mon emploi me prend du temps, même s'il apporte son lot de réjouissances. Bref, il y a moins de raisons d'écrire.


Une voisine dit avoir aperçu un homme sans visage et sans nom discuter avec la première victime sept heures avant sa mort. La caméra à l'extérieur du centre commercial montre la voisine discuter avec cet homme une semaine plus tôt. Copperfield note complices.

Anomalie n°1 : les vêtements des deux victimes étaient intervertis. Anomalie n°2 : aucune famille n'a signalé la disparition de sa fille le 9 janvier. Anomalie n°3 : là où ont été filmés l'homme sans visage et la voisine, il n'y a pas de caméra.

Plusieurs projections de ketchup retrouvées sur l'abdomen de la première victime. Son père dit : elle ne mangeait jamais de ketchup. Dans le salon, la mère feuillette un magazine de prêt-à-porter et découpe aux ciseaux les têtes des mannequins.

Devant la maison, Rivage s'adosse contre la voiture. Copperfield dit : ils ont quelque chose à cacher. Le père devient suspect numéro un. Le visage de la mère plaqué contre la vitre du salon. Elle dit quelque chose, mais Rivage n'entend rien.

Deux hommes marchent lentement du même pas dans les couloirs du collège. Une berline se gare devant le portail d'entrée, qui fait des appels de phare.

Les champs la nuit ; une lumière blanche tombe sur les cultures. La nationale, trois véhicules par heure. Dans un coffre, un corps.

9 JANVIER 2014

Le corps de la fillette est projeté contre le sol ; son crâne heurte une souche mais elle reste consciente. Il y a des mots qui ne sortent plus. Après, elle est seule et consciente pendant 26 heures. Parfois son corps meurtri apparaît dans la lumière, mais personne ne la voit. Ensuite, plus personne ne peut la voir.

Trois jours plus tard, le médecin légiste dira : mort par déshydratation.

Onze jours plus tard, elle ne sera toujours pas identifiée.

14 JANVIER 2014

Rivage refait seul le trajet.


12 JANVIER 2014

Une nationale déserte en début de soirée. Arrière-plan : champs et pylônes, vague orange dans le ciel.

Dans la voiture qui arrive de face, Rivage et Copperfield. À la radio, Love is the Devil. Copperfield note trois phrases dans son carnet et Rivage regarde par la vitre conducteur.

Tous les deux accroupis auprès du cadavre. Rivage touche la terre encore meuble ; Copperfield note terre encore meuble. Derrière, la voiture stationnée sur un remblais.

Le corps : onze ou douze ans, torturée. Rivage se frotte la bouche et le menton ; Copperfield prend plusieurs photos. Sur la nationale, un conducteur remarque deux hommes dans le champ. Copperfield note mort par suffocation.

Des empreintes de pas brouillées par la boue qui se perdent dans les herbes hautes. De la sueur sur le front de Rivage. Le soleil, à l'horizon.

Après autopsie, découverte d'un tatouage de couronne à l'intérieur de la cuisse gauche. La cicatrice a suppuré. L'enfant vient du quartier de Myriad Pro. Cinq kilomètres à pied entre ici et le collège.

Interrogatoire d'une enseignante : élève sans histoire, notes moyennes, appréciée. Une silhouette les scrute depuis le troisième étage, que Rivage remarque. Il fait signe à Copperfield. À la sortie, une élève leur dit : il ne faut pas croire les adultes.

Interrogatoire des parents : mère prostrée dans le salon. Le récit du père est décousu et contradictoire. Aucun trajet habituel ne justifie qu'on l'ait retrouvée là. Ils se permettent de fouiller sa chambre et trouvent un trou de 3 cm de diamètre dans la cloison mitoyenne à celle de ses parents.

Tapisserie jaune à motifs floraux, mobilier en formica, forte odeur de détergent. La mère à la fenêtre du salon ; les lampadaires éclairent des trottoirs vides.

Dans un album de famille, une photographie de la fille avec une couronne en papier sur la tête. Ensuite, patrouille dans le quartier. À la radio, Night Walk. À la radio, appel à toutes les unités : nouveau corps à 2 kilomètres du premier.

13 JANVIER 2014

Même âge, même sexe, mêmes blessures, tatouage semblable au poignet gauche, plus propre. D'après le médecin légiste, tuée trois jours plus tôt. Autour, le marécage, d'autres champs, la centrale, 10 hommes dont 7 en tenues blanches. Copperfield note trouver la couronne.

Le collège est mis sous surveillance et le personnel interrogé. Le directeur dit qu'il ne connaît pas chacun de ses 600 élèves individuellement, mais que c'est une perte terrible. Copperfield note se ronge les ongles. Il n'a jamais surpris de mouvements suspects devant son établissement.

« Il est risqué de garder tel quel ce qui est mal écrit. Un mot jeté au hasard sur le papier peut détruire l'univers. Fais attention et corrige ton texte tant qu'il t'appartient encore, me dis-je souvent, car tout ce que tu as écrit, une fois que tu l'auras livré, creusera son chemin dans des milliers d'esprits, le bon grain noircira, au risque de ronger, d'embraser, de raser toutes les bibliothèque.

Une seule solution : écris sans t'en soucier – seul ce qui est nouveau survivra. »


Il y a un livre intitulé Rivage au rapport qui pourrait paraître cette année ; je l'estime presque fini. Il ne changera plus beaucoup et tout ce que j'avais à dire est sans doute déjà là, dans les pages qui sont écrites. Je ne sais pas si ce livre doit exister. J'ai le sentiment que Rivage est une étape, qui devait prendre sa forme actuelle pour accéder à quelque chose de plus lointain, et que je distingue encore mal ; un livre pour un autre. Je ne ressens pas la même satisfaction qu'en achevant La Ville fond, avant même de l'avoir achevé, sachant que mon idée était là dans la forme que j'avais prévu pour elle, et que l'ensemble pouvait être vu.

Avant le premier roman, il y a la nécessité de publier ; ensuite, il y a les raisons de publier encore.

Quel projet construire, quoi dire.

Qu'est-ce qu'on fait des livres qui ne touchent pas au but ?

« Nous nous réveillons en sursaut et ce que nous voyons
nous terrasse .

Que la terreur torde le monde ! » – William Carlos Williams, Paterson (trad. Y. di Manno).


Je ne sais pas d'où vient l'idée communément admise qu'un bon livre prend forcément du temps à écrire.

Quand la lumière et la chaleur d'été (derniers jours de mai par exemple) tombaient par les fenêtres de la salle de classe alors que le cours prenait fin, et que les quelques bandes d'herbes à côté des préfabriqués adoptaient enfin d'autres allures, plus lascives sans doute, plus accueillantes, il était difficile malgré tout de rester à proximité de ce qui était notre lieu du travail. On ne pouvait pas s'endormir à côté des chaises et des estrades ; il fallait prendre de la distance. Mais on percevait ce qu'aurait pu devenir le lycée : un jardin sans doute.

« Je finis la soirée en méditant sur Nova Cidade de Kilamba, une ville fantôme bâtie par une compagnie d'État chinoise, dans laquelle pas une seule voix humaine ne résonne. Ville qui me hante. » – A.C. Hello, Naissance de la gueule.


Un journal, c'est aussi tous les moments où on écrit rien, mais où on vit quand même.

Dans Rivage, il y a des histoires naïves qui sont pourtant des histoires vraies. Mes personnages parlent peu et disent des choses banales car on parle toujours peu en disant des choses banales.

Un jour, j'ai dit que les livres qui restaient, je les donnais à Emmaüs, et on m'a dit : oh non. Je n'ai pas compris pourquoi ce oh non (ou plutôt j'ai très bien compris).

« Un des plus grands vices de la bourgeoisie blanche [...] est sa réticence à penser, sa méfiance vis-à-vis de l'indépendance d'esprit. » – James Baldwin, Retour dans l'oeil du cyclone (trad. H. Borraz).


Ce soir, c'est la première fois depuis le début de la rédaction de Rivage au rapport (cad environ un an et demi) que je relis mon brouillon en entier. À titre indicatif, les personnages se nomment : Rivage, Copperfield, Sigourney Weaver, Pizza Boy, Vera Figner, Atomic Samuraï, Artorias et Yogg-Saron.

Je me demande comment les autres vont le lire.

Ma rigueur au quotidien est plus que limitée. Souvent, le temps qui pourrait être consacré s'évapore.

« C'est ainsi que les brigands-guérilleros de l'Italie du Sud détruisaient non seulement leurs ennemis et les documents qui rendaient légal leur esclavage, mais aussi les riches superflues. Leur justice sociale, c'était la destruction. » – Eric J. Hobsbawm, Les bandits (trad. J.-P. Rospars et N. Guilhot).


Ce que j'aime avec le cinéma, c'est sa voie indirecte. À l'image, si sur un parking il manque une voiture, on voit qu'il manque une voiture, sans avoir besoin de le signaler. Dans un livre, on doit forcément dire : il manque une voiture, ce qui implique d'office le soupçon.

Le texte force la liste méthodique des composants d'un paysage, alors seulement ensuite on peut s'autoriser à supprimer des éléments.

Un autre roman qui tournerait autour d'un seul meurtre, et pour lequel tous les personnages se soupçonneraient. Mais comme Rivage débute déjà par un meurtre, cet autre roman n'existera sans doute jamais (tant pis).

Il a peu plu, cet automne.

Après le travail, je rentre à pied, je prends le temps.


Qui lit encore les livres ?

« Quand on a pour soi les lois de l'histoire, les intérêts de l'avenir, les nécessités économiques et morales qui conduisent à la révolution ; quand on sait clairement ce qu'on veut, de quelles armes on dispose et quelles sont celles de l'adversaire ; quand on a pris son parti de l'action illégale ; quand on a confiance en soi et quand on ne travaille qu'avec ceux en qui l'on a confiance ; quand on sait que l'oeuvre révolutionnaire exige des sacrifices et que toute semence de dévouement fructifie au centuple, on est invincible. » – Victor Serge, Ce que tout révolutionnaire doit savoir de la répression.